Économie mondiale Stimulation économique atténuée, croissance toujours solide

Stimulation économique atténuée, croissance toujours solide

L’impact de la relance budgétaire américaine devrait s’atténuer, mais «l’argent facile», les dépenses d’investissement et l’augmentation continue des embauches et des salaires devraient prolonger le cycle dans les économies avancées. La croissance chinoise devrait, quant à elle, encore ralentir, les dirigeants optant pour la stabilité plutôt que pour une relance forte.

La croissance mondiale synchronisée de 2017 a laissé la place à une situation plus contrastée en 2018. Après avoir marqué le pas en début d’année, la croissance américaine s’est nettement accélérée par la suite sous l’effet des réductions fiscales mises en oeuvre par l’administration Trump. En Chine, la croissance du PIB a été meilleure que prévu malgré les mesures visant à contenir la progression excessive du crédit. Lorsque la Réserve fédérale américaine (Fed) a commencé à durcir sa politique au printemps 2018, des tensions sont apparues sur plusieurs marchés émergents (ME), notamment en Argentine et en Turquie. Pour éviter que leur monnaie ne se déprécie plus encore, les banques centrales de certains pays émergents ont resserré leur politique, freinant ainsi fortement la croissance. La baisse de la demande externe des ME est d’ailleurs probablement l’une des raisons de la modération de la croissance de la zone euro dans les premiers mois de 2018.

La résolution des conflits commerciaux pourrait soutenir la confiance des entreprises, les dépenses d’investissement et la croissance.

L’impact de la relance budgétaire s’affaiblit

Notre scénario de base pour 2019 prévoit un ralentissement modéré de la croissance mondiale par rapport à 2018, sous l’effet principalement de l’atténuation de l’impact de la politique de relance budgétaire américaine et du resserrement des politiques monétaires dans les ME autres que la Chine. Si, par certains aspects, la réforme fiscale américaine devrait continuer à profiter aux ménages et aux entreprises, l’impact de la relance budgétaire devrait globalement s’atténuer. Dans les autres économies avancées, nous tablons sur des politiques budgétaires globalement neutres, avec toutefois une légère relance au Japon, voire même en zone euro. À l’inverse, de nombreux ME vont devoir se résoudre à des politiques budgétaires plus restrictives.

Dans la plupart des économies avancées, la politique monétaire reste relativement accommodante en comparaison aussi bien des années d’avant que d’après-crise. Il devrait encore en être ainsi en 2019, malgré une orientation croissante vers la normalisation et un certain nombre de relèvements de taux. Pour l’heure, la politique monétaire américaine n’est pas encore particulièrement restrictive. Cependant, en 2019, elle pourrait entamer la croissance des États-Unis, même si ce sont les ME qui devraient le plus en souffrir étant donné l’importance de la liquidité en dollars pour un grand nombre de ces marchés.

Poursuite des investissements des entreprises

À moins d’une nette aggravation des conflits commerciaux (ou d’autres facteurs d’incertitude), les investissements des entreprises devraient continuer à augmenter en 2019. La nécessité de réajuster les chaînes d’approvisionnement en réponse aux modifications tarifaires devrait en elle-même encourager les dépenses d’investissement. Les engagements financiers des entreprises deviennent un facteur clé de la prolongation du cycle, au fur et à mesure que les gouvernements mettent fin à leurs programmes de relance.

Fin 2018, le moral des entreprises était au beau fixe, en particulier aux États-Unis, dans un contexte d’augmentation des contraintes de capacité et de conditions de financement toujours favorables. De nombreuses sociétés devraient gagner des parts de marché en 2019, soit par le biais d’investissements, soit via des fusions et acquisitions. Les entreprises de croissance affichent globalement des bilans solides et des trésoreries confortables. Les prix de l’énergie ne devraient pas être un obstacle non plus, au contraire, étant donné l’importance des dépenses d’investissement liées à l’énergie.

Les dépenses de consommation devraient rester solides.

Enfin, l’idée que les entreprises qui procèdent à des rachats d’actions ont moins d’argent à consacrer aux investissements ne résiste pas à un examen poussé, tout du moins pour les États-Unis. Une étude bottom-up de l’univers du S&P 500 menée par les analystes du Credit Suisse a en effet mis en évidence une corrélation positive entre les rachats d’actions et les dépenses d’investissement, l’un comme l’autre étant le reflet de la solidité des bilans des entreprises. Au regard de la forte augmentation des embauches et des salaires, les dépenses de consommation devraient rester solides.

Difficultés en perspective pour la Chine

La faiblesse de l’inflation et l’excédent de la balance courante qu’affiche actuellement la Chine donnent à ses dirigeants une marge de manoeuvre plus large que celle dont disposent beaucoup d’autres ME. Dans le même temps, au regard de l’endettement élevé des entreprises publiques et des gouvernements locaux, les autorités chinoises ne devraient pas revenir à une politique offensive de relance du crédit. Elles se contenteront de faire «juste ce qu’il faut» pour que les droits de douane américains ne plombent pas trop la croissance. Il est également peu probable qu’elles laissent le yuan dégringoler. La contribution des dépenses des ménages à la croissance devrait, quant à elle, être restreinte car les dettes hypothécaires et le service de la dette (près de 30% du revenu des ménages selon nos estimations) ont beaucoup augmenté sur fond de hausse des prix de l’immobilier. La croissance chinoise reste certes nettement plus élevée que la moyenne mondiale, mais la contribution de la Chine à la croissance mondiale devrait néanmoins stagner, voire reculer après la reprise de 2017 (voir le graphique ci-dessous).

Nos prévisions de croissance pour les ME sont globalement modestes, même si la situation varie largement d’un pays à l’autre. Pour les pays dont la balance extérieure est fragile, les difficultés de 2018 devraient se reproduire en 2019, la stabilisation des monnaies restant la priorité pour les décideurs. En outre, pour de nombreux pays, les risques seront accentués par l’incertitude politique. En revanche, dans des pays comme la Russie, l’augmentation des revenus tirés des exportations de matières premières devrait permettre de compenser la diminution de la liquidité en dollars.

Risques tant à la baisse qu’à la hausse

Bien évidemment, les projections sur lesquelles repose notre scénario de base pourraient pécher soit par pessimisme, soit par optimisme. Ainsi, des problèmes spécifiques à certains pays, comme par exemple la situation budgétaire de l’Italie, pourraient ternir les perspectives de croissance de l’Europe. De même, un ralentissement plus fort que prévu de l’économie chinoise pourrait pénaliser les autres économies asiatiques, mais aussi l’Europe. Ou encore, un recul marqué des marchés financiers (provoqué par exemple par une hausse surprise de l’inflation et les craintes de resserrement plus rapide de la politique monétaire américaine qui s’ensuivraient) pourrait aussi peser sur la confiance. À l’inverse, la résolution des conflits commerciaux pourrait soutenir la confiance des entreprises, les dépenses d’investissement et la croissance. Elle contribuerait aussi à la prolongation de l’expansion.