Économie mondiale Spotlight: Proclamer la fin de la globalisation est sans doute prématuré

Spotlight: Proclamer la fin de la globalisation est sans doute prématuré

L’intensification des tensions commerciales en 2018 a fait rejaillir le spectre du renversement du processus de mondialisation observé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette crainte nous semble toutefois exagérée, la plupart des entreprises (et des pays) ayant tout intérêt à ce que les échanges restent (plus ou moins) libres. En outre, pour l’heure, les droits de douane imposés par les États-Unis en 2018 restent insuffisants pour avoir un impact important.

Cela dit, notre baromètre de la mondialisation (à savoir, tout simplement, la part des exportations mondiales dans le PIB mondial) stagne depuis la crise financière de 2008 essentiellement pour des raisons cycliques: la croissance des échanges a en effet tendance à marquer le pas lors des récessions, freinant la mondialisation. Les fortes baisses des prix et de la demande de matières premières ont le même effet. Cet effet est amplifié par le fait que la diminution des prix des matières premières vient plomber la demande pour les biens d’équipement du secteur minier. Enfin, les échanges ont également tendance à ralentir dans les périodes de faiblesse du billet vert en raison essentiellement de la diminution des importations américaines. À noter que les périodes précédentes de relèvement des tarifs douaniers par les États-Unis (soit sous la présidence de Nixon en 1971, et sous celle de G.W. Bush en 2002) ont coïncidé avec une atonie de la croissance ou une faiblesse du dollar.

Global trade in recovery

Peu de chances que la mondialisation renoue avec la dynamique passée

En toute logique, notre indicateur de la mondialisation a commencé à s’améliorer avec la reprise de la croissance chinoise à partir de 2016, et le redressement des prix du pétrole et du dollar en 2018. Nous pensons cependant qu’il y a peu de chances que l’indicateur renoue avec une tendance haussière forte dans l’immédiat. En effet, la croissance de la Chine et d’autres pays émergents fortement exposés au commerce international pourrait être modérée pendant une période prolongée. De plus, les barrières non tarifaires que de nombreux pays ont mises en place après la crise financière pourraient avoir des conséquences négatives durables sur le commercial mondial. Par ailleurs, la multiplication des traités bilatéraux pourrait simplement avoir détourné plutôt que stimulé les échanges. Enfin, la mondialisation des chaînes logistiques pourrait être temporairement bloquée dans la mesure où les coûts salariaux progressent plus vite dans certains pays émergents où la production a été délocalisée. Avec l’augmentation des barrières commerciales, la tentation de délocaliser la production vers des pays imposant de telles barrières pourrait encore alimenter cette tendance.