Marchés financiers Spotlight: Inversion de la courbe des taux américains: y-a-t-il lieu de s’inquiéter?

Spotlight: Inversion de la courbe des taux américains: y-a-t-il lieu de s’inquiéter?

La courbe des taux américains s’est nettement aplatie en 2018, les rendements à court terme ayant augmenté nettement plus que ceux à long terme. Par le passé, l’aplatissement ou l’inversion des courbes des taux a coïncidé avec des récessions (voir graphique), ce qui nous a amenés à nous demander si nos prévisions pour la croissance américaine n’étaient pas trop optimistes.

Voici les raisons pour lesquelles un aplatissement de la courbe des taux laisse généralement présager un ralentissement de l’économie: en général, les banques centrales relèvent les taux à court terme pour atténuer les pressions inflationnistes qui apparaissent suite à une forte croissance économique associée à des contraintes au niveau des capacités de production. La hausse des taux entraîne une révision à la baisse de la composante «anticipations d’inflation» au niveau des rendements obligataires. Toutefois, par la même occasion, la composante «rendement réel» augmente. L’augmentation des coûts d’emprunt se traduit par une baisse de la demande globale et un ralentissement de l’économie. Une inversion de la courbe des taux implique que le marché obligataire commence à intégrer un assouplissement de la politique monétaire, lequel reflète une augmentation du risque de récession.

Les temps ont changé – ou peut-être pas

Certains avancent que la courbe des taux sera maintenant structurellement plus plate que par le passé. L’argument est que la prime de terme (autrement dit les intérêts plus élevés qui reviennent aux investisseurs qui acceptent de miser sur des obligations de plus long terme) sur les obligations longues devrait être plus faible dans la mesure où le risque inflationniste est moins important que par le passé, la flexibilité accrue des marchés du travail et la plus grande crédibilité des banques centrales permettant de mieux arrimer les anticipations d’inflation. Cet argument ne nous paraît guère convaincant ne serait-ce que parce que la courbe des taux a été aussi pentue lors de ce cycle que lors des cycles précédents et que les anticipations d’inflation sont conformes à leurs niveaux moyens. De plus, certains éléments laissent penser que la prime de terme pourrait être plus élevée que par le passé. Il nous semble donc prématuré d’enterrer l’idée selon laquelle l’inversion de la courbe des taux est un signe annonciateur de récession.

Cela dit, nous ne pensons pas que la courbe s’inversera en 2019, notamment parce que la Fed, elle-même, considérerait comme un signal d’alerte un aplatissement de la courbe. Si la courbe était amenée à trop s’aplatir, la Fed marquerait une pause dans sa trajectoire de resserrement pour permettre à la courbe de reprendre de la pente en réponse à une politique moins restrictive.