Marchés financiers Spotlight: Les déficits jumeaux, aubaine ou malédiction pour le dollar?

Spotlight: Les déficits jumeaux, aubaine ou malédiction pour le dollar?

Les déficits jumeaux ou double déficit (autrement dit les situations où l’on a à la fois un déficit budgétaire conséquent et un déficit de la balance courante) sont généralement considérés comme un facteur de risque pour le dollar. Mais, dans la réalité, le lien est moins évident. Ainsi, lors du boom économique qui a débuté en 1982 sous la présidence de Ronald Reagan, l’aggravation des déficits jumeaux a coïncidé avec une forte appréciation du dollar. Dans tous les autres cas, le dollar a perdu du terrain. Cette ambiguïté s’explique par le fait que l’augmentation du déficit budgétaire, qui est souvent la principale cause de la détérioration des comptes extérieurs, dope la croissance et les taux d’intérêt réels. Or les hausses de taux soutiennent généralement la monnaie. Et, si la banque centrale relève ses taux en réponse à l’accélération de la croissance de la demande et à l’augmentation du risque inflationniste, les taux d’intérêt réels grimpent encore plus. C’est ce qui s’est passé au début des années 80 lorsque la Fed a continué à mener une politique anti-inflationniste très restrictive alors que les réductions fiscales de l’administration Reagan commençaient à produire leurs effets. Associée à une politique budgétaire expansionniste, la politique monétaire restrictive a entraîné une hausse des taux réels et, partant, une appréciation du dollar.

À l’inverse, une augmentation du déficit du compte courant de la balance des paiements peut affaiblir la monnaie dans certains cas. Cela s’explique par le fait qu’une aggravation dudit déficit requiert de la part des investisseurs qu’ils accroissent leurs investissements dans la monnaie concernée. Pour qu’ils acceptent de le faire, il faut que la prime de risque associée à la devise augmente, ce qui suppose soit des écarts de rendement plus élevés, soit une dépréciation de la monnaie, soit les deux à la fois. Difficile de dire ce qu’il en sera en 2019. Tant que l’optimisme perdure quant à la croissance américaine et que la Fed reste sur une attitude offensive, c’est l’augmentation des écarts de rendement qui devrait l’emporter. En revanche, en cas de ralentissement marqué de la croissance américaine, des doutes pourraient émerger quant à la soutenabilité des déficits jumeaux et pénaliser le dollar.