Marchés financiers Devises: état des lieux

Devises: état des lieux

Les investissements en devises étrangères n’offrent généralement pas de rendements excédentaires par rapport à ceux en monnaie locale. Une devise peut cependant être intéressante si elle est clairement sous-évaluée. De même, miser sur une monnaie refuge à faible rendement peut être une stratégie payante lorsque les risques augmentent considérablement.

L’année 2018 a été marquée par quelques surprises sur les marchés des changes. Les prévisionnistes tablaient globalement sur une consolidation des gains acquis en 2017 par les principales devises face au dollar américain. Or il n’en a rien été, la dynamique de croissance aux États-unis plus élevée que prévu a empêché toute appréciation relative des autres monnaies. En réponse, la Réserve fédérale américaine (Fed) s’est montrée plus offensive alors que les banques centrales des autres économies avancées restaient accommodantes, ce qui n’a fait que renforcer l’avantage de taux d’intérêt ou portage (écart positif de taux d’intérêt entre deux devises) en faveur du dollar. Par ailleurs, le dollar n’a pas souffert de la dégradation des déficits jumeaux américains.

Une nouvelle appréciation du billet vert nous semble toutefois peu probable en 2019. La croissance américaine devrait certes rester supérieure à celle des autres pays avancés, mais le différentiel de croissance devrait s’atténuer. Les taux de la Fed devraient, quant à eux, se maintenir à des niveaux nettement plus élevés que ceux des autres économies avancées et l’écart pourrait même s’élargir jusqu’à la mi-2019. Toutefois, si la croissance et l’inflation continuent à être orientées à la hausse dans les pays autres que les États-Unis, les banques centrales de ces pays pourraient commencer à resserrer leur politique monétaire plus tôt que prévu. Enfin, notre analyse révèle une légère surévaluation du dollar par rapport aux autres grandes devises. Il est difficile de dire si le double déficit dont souffrent les États-Unis pourrait de nouveau devenir un facteur de risque pour le billet vert. Cela pourrait être le cas si la croissance américaine ralentit fortement, ce qui nous paraît peu probable en 2019.

Concernant les monnaies des marchés émergents (ME), nous avons l’impression qu’un changement important s’est opéré: de nombreux pays émergents ont en effet été contraints de relever les taux d’intérêt lorsque leur monnaie s’est retrouvée sous pression en 2018, d’où un élargissement, parfois conséquent, de l’écart de taux entre les monnaies émergentes et le dollar. Parallèlement, certaines devises sont devenues plus attrayantes. Dans ce contexte, les stratégies de portage et celles basées sur la valorisation pourraient redevenir intéressantes à condition que les fondamentaux restent solides. Mais les monnaies ne s’apprécieront que si les balances extérieures des pays concernés se stabilisent. Il faudra donc voir comment les choses évoluent au niveau des processus de rééquilibrage.

Aléas politiques

Certaines devises ont également été influencées par les événements politiques en 2018. L’escalade des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine a pesé sur le yuan, tandis que les relations économiques étroites entre la Chine et le Japon ont sans doute évité une appréciation du yen qui a ainsi pu conserver une valorisation attrayante. En Europe, les craintes quant à la politique budgétaire italienne ont temporairement stimulé le franc suisse, et la livre sterling a fluctué au gré des discussions sur le Brexit. Pour ce qui est de 2019, nous ne croyons pas à une résolution rapide du conflit commercial sino-américain. Le yuan restera donc sans doute sous pression et il devrait en être ainsi tant que les autorités chinoises continueront à assouplir leur politique monétaire. Nous pensons néanmoins que la Chine agira avec prudence pour éviter de susciter de l’incertitude chez les investisseurs et, partant, des sorties de capitaux.

Quant à la discorde entre l’Italie et l’Union européenne à propos du déficit budgétaire, il nous semble peu probable que la Banque centrale européenne cède aux pressions des dirigeants italiens. L’euro ne devrait donc pas souffrir outre mesure de ces tensions. La livre sterling continue, pour sa part, d’afficher une valorisation très attrayante. La décote pourrait cependant s’amenuiser en cas de Brexit «doux». Un Brexit «dur» et le chaos qu’il engendrerait se traduiraient au contraire par des pressions accrues sur la monnaie britannique.

Les devises des ME désormais plus attrayantes

L’évolution de l’année écoulée a abouti à une situation de chevauchement entre valeur et portage pour plusieurs devises. Les investisseurs devraient donc bénéficier de rendements excédentaires après les résultats décevants de 2018. Parmi les monnaies des pays avancés, la livre sterling, la couronne norvégienne et la couronne suédoise apparaissent comme particulièrement attrayantes à l’issue de notre analyse des valorisations. Du côté des marchés émergents, ce sont la lire turque et le peso mexicain qui semblent les plus porteurs. Le dollar néo-zélandais et le franc suisse sont en revanche chers tandis qu’au niveau des ME, seul le baht thaïlandais est onéreux. En termes de portage, deux devises émergentes, à savoir le réal brésilien et la lire turque, semblent prometteuses, mais ce ne sont pas les seules. En effet, selon nos prévisions, l’inflation devrait être globalement modérée dans les ME et le différentiel de taux réels avec les pays développés, dont les États-Unis, devrait être très important. Dans ces conditions, d’autres devises émergentes pourraient aussi faire mieux que le billet vert. Par ailleurs, certaines monnaies de portage traditionnelles des économies avancées comme le dollar australien, ont perdu beaucoup de leur attrait avec le resserrement de la politique de la Fed. Concernant les monnaies refuges, l’écart de valorisation entre le franc suisse, quelque peu surévalué, et le yen japonais, sous-évalué, devrait se combler, surtout si les tensions commerciales s’atténuent.

Les investisseurs fortement exposés à des devises à faible rendement (franc suisse et euro) qui se négocient à leur juste valeur devraient donc être en mesure d’améliorer leurs rendements en prenant position sur certaines des monnaies de portage ou des monnaies offrant des valorisations attrayantes évoquées ci-dessus. Pour les investisseurs américains, ces positions sont moins intéressantes car les rendements sur les liquidités en dollars sont supérieurs. Néanmoins, le dollar étant un peu surévalué et le double déficit des États-Unis pouvant redevenir un facteur de risque, une légère diversification ne devrait pas nuire à la performance des portefeuilles.