Marchés financiers Perspectives sectorielles

Perspectives sectorielles

La plupart des secteurs dans le monde sont tributaires des cycles économiques mondiaux ou régionaux. L’endettement étant élevé, l’évolution des taux d’intérêt aura ainsi un impact important. De plus, les avancées technologiques rapides continuent de doper l’innovation et de perturber nombre d’entreprises bien établies.

En 2018, la performance sectorielle a été marquée par des divergences importantes. Les deux grands secteurs de croissance que sont les technologies de l’information et la santé ont dégagé la meilleure performance. À l’inverse, aucune tendance claire entre les secteurs défensifs par rapport aux secteurs cycliques ne se dégagea. Le secteur de l’énergie fit du surplace avec la forte volatilité des prix du pétrole. Le resserrement de la politique monétaire américaine et l’aplatissement de la courbe des taux qui l’a accompagné ont par ailleurs pesé sur les valeurs financières.

Certaines des tendances qui ont prévalu en 2018 devraient, selon nous, perdurer en 2019. Ainsi, les dépenses d’investissement de cette fin de cycle devraient bénéficier au secteur industriel, et le secteur des matériaux pourrait être tiré par l’innovation et des valorisations plus attrayantes. Mais la question clé est de savoir si le secteur des technologies de l’information et celui de la santé continueront à générer des rendements élevés. Malgré le ralentissement probable de la croissance sur la plupart des segments, le secteur des technologies de l’information pourrait continuer à être soutenu par l’innovation. Quant au secteur de la santé, il recèle toujours, selon nous, une marge de progression, par exemple dans le domaine des thérapies géniques.

Consommation: le commerce en ligne est devenu la nouvelle normalité

Le secteur de la consommation devrait bien se comporter en cas de matérialisation de notre scénario de base, qui prévoit le maintien d’une croissance solide et de marchés du travail tendus. La Chine et les tensions commerciales constituent cependant des risques non négligeables. En Chine, les produits onéreux comme l’automobile devraient rester sous pression. En revanche, le secteur des biens de luxe comme les cosmétiques ou les alcools haut de gamme devrait rester soutenu par des tendances structurelles telles que le développement de la classe moyenne. Quant à l’augmentation des droits de douane sur les produits chinois, elle devrait surtout pénaliser le consommateur américain. Par ailleurs, le commerce en ligne est en train de devenir la nouvelle normalité, les ventes continuant de progresser à grande vitesse. Certains distributeurs historiques semblent s’adapter avec succès à cette nouvelle donne.

Énergie: concentration sur la croissance à long terme

Les perspectives pour le secteur de l’énergie sont réjouissantes, les bénéfices étant appelés à augmenter sur fond de hausse des volumes de production et de nouvelles augmentations des prix. Les valorisations sont revenues à leur juste niveau. Avec le ralentissement de la croissance des prix du pétrole et des bénéfices par action (BPA), l’attention des investisseurs devrait se reporter sur la croissance à plus long terme. Les investisseurs seront particulièrement attentifs aux éventuelles contraintes de production dans le Bassin permien au Texas et dans le secteur des hydrocarbures de schiste, ainsi qu’à l’impact de telles contraintes sur les entreprises d’exploration et de services pétroliers. Le durcissement de la réglementation en matière de transport des hydrocarbures vers les raffineries est une source d’inquiétudes supplémentaire. Enfin les investisseurs seront à l’affût des signes de reprise dans le forage offshore après une longue période de faiblesse de ce segment.

Finance: toujours des défis structurels

L’augmentation de la demande de crédit dans la plupart des économies avancées devrait stimuler les valeurs financières. En Europe, une nouvelle pentification de la courbe des taux en anticipation de la hausse des taux d’intérêt par la Banque centrale européenne devrait également profiter au secteur financier. À l’inverse, l’aplatissement de la courbe des taux aux États-Unis pourrait avoir un impact négatif. De plus, les réglementations nationales, la faiblesse des bilans et les provisions insuffisantes freinent la consolidation, pourtant tellement nécessaire, du secteur bancaire européen. Les fusions et acquisitions (F&A) transfrontalières semblent plus probables dans le secteur de l’assurance, notamment dans l’assurance dommage et santé. Du côté des banques, l’accent continue à être mis sur la maîtrise des coûts plutôt que sur la croissance, mais les rendements des dividendes attrayants pourraient stimuler le secteur.

Santé: F&A et innovation soutiennent la croissance

Nous tablons sur une vague d’autorisations pour les médicaments biosimilaires dans les prochaines années, sur fond de leadership plus marqué de la Food and Drug Administration américaine. Cela devrait permettre aux grandes entreprises d’investir dans des domaines novateurs importants comme les thérapies géniques. Quelques-unes de ces thérapies, dont certains traitements de l’amyotrophie spinale et de l’hémophilie A, pourraient arriver sur le marché américain dès 2019. Les craintes d’une intervention réglementaire reposant sur des considérations politiques s’atténuent. La surperformance devrait, selon nous, être au rendez-vous pour les entreprises à la pointe de l’innovation, que ce soit par le biais du développement de nouveaux traitements en interne ou via des F&A sur le segment des petites et moyennes capitalisations.

Industrie: tirée par la croissance de fin de cycle

Les valorisations du secteur industriel sont à leur plus haut cyclique mais, si la croissance économique reste solide comme nous le prévoyons, les BPA et les chiffres d’affaires devraient en bénéficier. Le segment des biens d’équipement devrait profiter de la reprise des secteurs de la construction industrielle, des mines, du pétrole et du gaz. L’industrie devrait aussi être soutenue par les innovations dans le secteur automobile et la poursuite des investissements dans la robotique dans différents secteurs.

Technologies de l’information: ralentissement de la croissance

Après deux ans et demi de forte croissance, la dynamique des bénéfices dans le secteur des semi-conducteurs devrait s’essouffler sous l’effet de l’augmentation des capacités de production qui se traduit par des pressions sur les prix des puces. Cela dit, les capacités excédentaires ne sont pas très importantes et la correction ne devrait pas être trop sévère étant donné la forte demande pour les puces de la part des centres de données et de secteurs comme celui des télécommunications. Le secteur de l’Internet et des logiciels devrait bien se comporter sur fond de passage des entreprises aux infrastructures de cloud, de numérisation des processus de production et de développement de centres de données de très grande envergure. Le secteur du matériel informatique pourrait souffrir d’un ralentissement de la demande d’ordinateurs. De plus, le marché des smartphones devrait revenir à une croissance à un chiffre malgré les innovations récentes comme les écrans pliables, les services de réalité augmentée et les réseaux 5G.

Matériaux: évolution au niveau de la production et des produits

La production d’acier devrait, selon nous, continuer à progresser, soutenue par une demande solide. Les problèmes environnementaux en Chine devraient se traduire par une demande accrue pour un minerai de fer de meilleure qualité, moins polluant. Avec la réduction des capacités de production en Chine et l’orientation du pays vers un minerai de fer de meilleure qualité, l’offre mondiale d’acier devrait rester équilibrée en 2019. Dans le secteur de la chimie, la Chine est en train de passer du charbon au gaz. Les sociétés minières devraient continuer à restituer du capital à leurs actionnaires par le biais de versements de dividendes et de rachats d’actions. Le secteur de la chimie devrait continuer à être porté par des tendances fortes comme l’évolution de la technologie des batteries pour les véhicules électriques ou l’abandon progressif du plastique au profit de matières biodégradables. Le principal risque pour le secteur est un ralentissement en Chine, le pays dominant le marché.

Télécommunications: progression du mobile, faiblesse du fixe

Des différences importantes devraient persister entre les marchés. Aux États-Unis, le marché du mobile devrait, selon nous, être stimulé par les nouvelles offres 5G. En Europe, l’environnement réglementaire s’améliore. La séparation des réseaux et des services étant désormais possible, les parts des sociétés de réseaux pourraient profiter de réévalutions. Les dividendes attrayants et les valorisations peu élevées en comparaison historique sont autant d’éléments qui devraient séduire les investisseurs, surtout si les anticipations de croissance se détériorent. Au Japon, la concurrence devrait s’intensifier avec l’arrivée d’un quatrième opérateur. En Chine, une consolidation se profile, les investissements dans la 5G étant trop élevés pour être pris en charge par les entreprises individuelles. La pression qu’exercent la plupart des gouvernements en faveur du déploiement de la 5G et les initiatives dans des domaines comme l’Internet des objets devraient façonner l’avenir du secteur.

Services d’utilité publique: plus verts et plus propres

L’augmentation des taux d’intérêt devrait s’accompagner de nouvelles pressions sur les valorisations des entreprises réglementées du secteur des services d’utilité publique, notamment en Europe. Les services réglementés doivent également digérer l’impact des nouveaux tarifs introduits en Espagne et au Royaume-Uni. L’évolution en cours vers la production d’électricité à partir de sources renouvelables devrait aussi intéresser les investisseurs car les coûts deviennent compétitifs. Les producteurs d’électricité d’origine thermique devraient profiter de la fermeture de centrales nucléaires en Allemagne et en Belgique et de l’arrêt prévu de centrales à charbon dans plusieurs pays. La récente augmentation des prix du carbone dans l’Union européenne devrait également être une thématique clé pour les marchés. Si la tendance se poursuit, elle pourrait entraîner une nouvelle augmentation des prix de l’électricité et générer des bénéfices inattendus pour les producteurs d’électricité propre.

Immobilier: recherche d’opportunités dans un contexte de vents contraires

Le secteur de l’immobilier est soumis à deux forces contraires: d’une part la croissance économique et, d’autre part, la hausse des taux d’intérêt (qui accompagne la croissance). Après l’ajustement marqué des taux américains qui a secoué le secteur en 2018, les perspectives pour 2019 s’annoncent plus volatiles. Bien que la croissance économique demeure favorable, la poursuite de la normalisation des politiques monétaires mondiales génère des vents contraires. En outre, les tarifications prévalant sur les marchés de l’immobilier commercial semblent être de plus en plus en tension, en particulier aux États-Unis. Plus la maturation du cycle s’accentuera, plus les investisseurs devront être sélectifs et rechercher des opportunités en dehors des stratégies fondamentales traditionnelles. Citons comme exemple l’immobilier de la logistique qui bénéficie de l’expansion soutenue du commerce en ligne; ou encore le domaine des soins de santé et du logement assisté répondant aux besoins d’une population vieillissante.