Thèmes d’investissement 2019 Thème 3: Nouvelle donne géopolitique

Thème 3: Nouvelle donne géopolitique

Les 40 dernières années ont été marquées par une mondialisation croissante, le développement du libreéchange, un mouvement de dérégulation et une diminution du rôle de l’État dans la société. Les politiques menées se sont traduites par trois décennies de forte croissance mondiale assorties d’une inflation modérée, d’une faible volatilité sur le plan macroéconomique et d’une intégration encore plus poussée des marchés mondiaux.

La montée du populisme

Les dernières décennies n’ont cependant pas été positives à tous points de vue. Elles ont aussi donné lieu à des conséquences moins heureuses: cycles haussiers et baissiers, diminution du pouvoir de négociation des travailleurs et augmentation des inégalités. Ces inégalités ont été alimentées par la baisse des salaires réels d’une grande partie du monde ouvrier qui s’est retrouvée face à la concurrence de travailleurs extérieurs moins chers. Ces populations ont ainsi vu leur niveau de vie diminuer et ont été confrontées à une augmentation du chômage et de la criminalité qui n’a fait qu’accentuer le sentiment d’abandon. La réponse des autorités aux crises récentes a permis l’une des hausses du marché les plus importantes de l’histoire. Cette hausse a certes bénéficié aux détenteurs de capital et donné lieu à une reprise, mais cette dernière a été perçue comme n’ayant profité qu’à un petit nombre de privilégiés au détriment des autres. Dans ce contexte, les migrants sont devenus les boucs émissaires d’électeurs en colère ayant perdu toute illusion, et de politiciens et d’idéologues opportunistes. Toutes les conditions étaient ainsi réunies pour le développement du populisme, et ce dernier semble encore avoir de beaux jours devant lui.

L’inflation et les tensions commerciales sont sources de risques

Quelles implications pour les marchés? Nous partons de l’hypothèse que les tensions commerciales actuelles entre la Chine et les États-Unis vont persister, avec un impact probablement atténué par les mesures de relance budgétaire mises en oeuvre par la Chine. Par ailleurs, c’est l’inflation qui représente, selon nous, le principal risque. Après des années de faible inflation, les investisseurs ont du mal à imaginer que celle-ci, comme les rendements obligataires, puissent fortement augmenter. Les dernières décennies ont été exceptionnelles au plan historique et, si on les laissait faire, les populistes appliqueraient des politiques qui inverseraient en grande partie les forces désinflationnistes des 30 dernières années. Si l’on ajoute à cela un endettement élevé et une trajectoire budgétaire intenable, le risque paraît sérieux. Clairement, nous ne tablons pas sur un tel scénario. Nous souhaitons simplement souligner la présence d’une asymétrie des prix du marché. Une hausse des anticipations de l’inflation mondiale à des niveaux considérés comme normaux avant 2007 entraînerait probablement un important réajustement des prix sur les marchés d’actifs.

Dans un tel cas, la corrélation entre les obligations et les actions s’inverserait sans doute, réduisant la diversification des portefeuilles et profitant aux actifs réels tels que les matières premières et les titres du Trésor américain indexés sur l’inflation (TIPS). Toutefois, un choc inflationniste semble peu probable et il faudrait un très net ralentissement de l’économie pour qu’il advienne. Il vaudrait cependant mieux acheter une protection contre l’inflation tant qu’elle est bon marché. Les populistes privilégiant généralement la relance budgétaire, les marchés d’actions des pays susceptibles de mettre en oeuvre de telles politiques devraient surperformer. À l’heure actuelle, les pays concernés à ce niveau sont les États-Unis et la Chine. La Chine n’est évidemment pas dirigée par des populistes, mais son gouvernement a la possibilité et la volonté d’appliquer une politique de relance budgétaire, d’autant plus que c’est son principal moyen de défense contre les tarifs douaniers américains. Nous privilégions les emprunts d’État de duration courte pour la zone euro par rapport aux États-Unis.

Évolution démographique

Le vieillissement est un thème clé et l’essentiel des dépenses des baby-boomers sera bientôt consacré aux soins de santé. Le vieillissement devrait non seulement peser sur la croissance et les systèmes de sécurité sociale, mais aussi s’imposer comme une thématique centrale pour les décideurs et un nouveau défi sur le plan budgétaire. Nous recommandons un positionnement sur les segments du secteur de la santé susceptibles de bénéficier de l’augmentation de la demande qui accompagnera le vieillissement des baby-boomers. La technologie axée sur l’automatisation et la réduction des coûts des soins ainsi que sur l’amélioration de la vie des patients âgés nous semble également porteurs. Notre Supertrend «Économie des seniors» permet de se positionner dans la perspective de cette évolution démographique.