Méditation 24h/24

Enfant déjà, Jia-Hong Tan savait qu’il explorerait un jour le monde de son propre chef. La crise financière de 2008 a permis à ce Malaisien de réaliser son rêve, vite devenu un voyage à la découverte de soi riche en aventures à travers 50 Etats et quatre continents.

Qui ne connait pas ce jeu? Faire tourner un globe terrestre, l'arrêter de l'index et inventer une histoire à l'endroit désigné. L'imagination ne connaît pas de frontières, surtout pour un enfant ignorant tout des questions politiques et géographiques. C'est ainsi qu'est né l'intérêt pour le vaste monde de Jia-Hong Tan, aujourd'hui dans l'équipe Solution Partners Capital Market à Singapour. Des années plus tard, un diplôme universitaire en physique en poche, le jeune Malaisien a entamé sa carrière comme trader dans une grande banque américaine à Londres. En 2008, la crise financière a aussi ébranlé le jeune homme de 24 ans, qui s'est posé des questions fondamentales : « Je connaissais à peine le monde et souhaitais comprendre comment notre société et notre économie fonctionnent, raconte Jia-Hong Tan. Je devais découvrir le monde de mes propres yeux et me faire ma propre opinion au lieu de me contenter de celle de quotidiens et de magazines. » Il commença à planifier un tour du monde ambitieux couvrant 100 pays en trois ans, mais trois années supplémentaires s'écoulèrent encore avant son départ, notamment en raison de son travail. Conséquence positive : lorsqu'il se mit en route en février 2012, il avait à ses côtés Wei Wen, désireuse de faire une partie du voyage avec lui. 

Sur les routes d'Afrique

Trois longs itinéraires à travers quatre continents et plus de 50 Etats l'attendaient. Parti d'Asie continentale, il rallia d'abord l'Europe par la Russie, avant de rejoindre Taïwan et le Japon, qu'il traversa à vélo (le tout sur neuf mois) ; la deuxième étape le mena de la Californie jusqu'au Brésil par les Andes ; les six derniers mois, il traversa l'Afrique depuis l'Egypte jusqu'à l'Afrique du Sud. « Le Machu Picchu, le désert Sossuvlei (Namibie), les steppes mongoliennes, la côte amalfitaine (Italie) ou les îles San Blas (Caraïbes) comptent parmi les plus beaux endroits. Mais, en prenant la peine de chercher, on trouve la beauté partout. » Du point de vue humain, son lieu préféré a été le Soudan, seul pays d'Afrique où il ne s'est pas senti traité différemment en raison de ses origines. Des étudiants rencontrés à Khartoum l'ont invité à Gedaref. « Malgré leur pauvreté, ils ont été incroyablement généreux. Les deux jours passés avec eux m'ont ouvert les yeux sur ma vie de privilégié », raconte le jeune Malaisien. Le voyage en stop de Moyale (Ethiopie) à Nairobi pour aller chercher son amie à l'aéroport est mémorable. Depuis le 40 tonnes qui le transporte sur une route secondaire poussiéreuse, Jia-Hong Tan voit des villages désertés suite à des violences ethniques, entend parler d'attaques de convois similaires au sien par des bandits liés aux pirates somaliens, doit éconduire des policiers lui réclamant des pots-de-vin et vit un safari gratuit au clair de lune avec des girafes, des zèbres et des antilopes. Il arrive juste à temps à l'aéroport de Nairobi. Tandis qu'il lui a fallu 42 heures pour parcourir 785 km, Wei Wen n'a mis que douze heures pour franchir les 7000 km depuis Kuala Lumpur.

A deux par monts et par vaux

La participation de Wei Wen au voyage ne fut pas une simple formalité. Lui-même avait dû longuement convaincre sa famille que l'Amérique du Sud et l'Afrique n'étaient pas en soi « dangereuses ». Durant sa traversée du Japon à vélo de 30 jours, Jia-Hong Tan réfléchit à la manière de convaincre la famille de Wei Wen, très sceptique à l'égard de tels projets. Il décida de la demander en mariage : « Je voulais prouver mon engagement et montrer que nous pouvions traverser toutes les épreuves. » Ils sont aujourd'hui mariés.

La formation comme conclusion

A aucun moment de son voyage Jia-Hong Tan n'aurait préféré être chez lui. C'est à Londres qu'il s'est senti le moins bien. Il y a retrouvé de vieux amis focalisés sur leur carrière, mais qui ne semblaient heureux que lorsqu'ils évoquaient leurs vacances. « Je me suis soudain souvenu de la raison de mon départ et réjoui de pouvoir poursuivre mon voyage, se souvient-il. Un tel voyage est comme une longue méditation active, seule voie selon moi vers la découverte de soi. » Il a consigné ses expériences sur son ordinateur portable, en vue d'écrire un livre sur son périple. « L'enseignement principal que je tire de ce voyage ? Son potentiel formateur. » Jia-Hong Tan n'entend pas par là la formation scolaire ou toute autre qualification, mais l'appropriation proactive de connaissances. « Malgré Internet, nous sommes loin d'un village global. Un contact physique, une expérience propre ou la chaleur d'un étranger sont irremplaçables et exigent d'être vécus. » A ce propos, il a bénéficié d'un accès à Internet même dans les villes les plus pauvres du monde. Seul hic: on lui a confisqué son téléphone en Corée du Nord.