L'abécédaire de l'investisseur: qu'est-ce que l'assouplissement quantitatif?
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L'abécédaire de l'investisseur: qu'est-ce que l'assouplissement quantitatif?

Il a évité un effondrement financier et il continue de jouer un rôle très important dans les décisions des investisseurs. L'assouplissement quantitatif est moins obscur qu'il n'y paraît et cela vaut vraiment la peine de comprendre de quoi il s'agit.

Il existe une définition simple et une définition compliquée de l'assouplissement quantitatif. Voici la définition simple: l'assouplissement quantitatif consiste pour les banques centrales à acheter des quantités fixes d'obligations des banques commerciales. Pour ce faire, les banques centrales créent de l'argent ex nihilo. Il ne s'agit pas de billets ou de pièces de monnaie, mais de comptes – semblables à ceux que vous détenez auprès de votre banque – sauf qu'ils appartiennent aux banques centrales. C'est tout.

La définition compliquée pourrait être introduite par l'énoncé suivant, connu sous le nom de règle de Taylor:

Règle de Taylor

Alors tenons-nous en à la définition simple.

Une alternative au «sous zéro»

Il est tout à fait normal que les banques centrales assouplissent (accroissent) la masse monétaire. Le resserrement (ou la réduction) de la masse monétaire fait également partie de leurs attributions. Ces fonctions clés permettent aux banques centrales de maintenir une économie stable: une croissance pas trop forte, pas trop faible, une inflation maintenue à un bas niveau, une hausse de l'emploi, des marchés boursiers dynamiques, des propriétaires fonciers heureux, etc.

Pour guider l'économie, les banques centrales disposent d'un outil essentiel: leur taux d'intérêt. Le baisser correspond à une politique d'assouplissement, l'augmenter exprime une volonté de resserrement. Le deuxième outil utilisé par les banques centrales est l'échange d'obligations. Elles achètent des obligations pour assouplir leur politique monétaire et en vendent pour la resserrer. Le hic ici, c'est qu'il n'est pas possible de baisser les taux d'intérêt en dessous d'un certain seuil. Ainsi, lorsque les taux d'intérêt sont déjà au plus bas et que l'économie bascule dans la récession – comme cela a été le cas en 2008 –, la seule solution dont disposent les banques centrales pour maintenir leur politique monétaire souple est d'acheter des obligations, pas à un taux d'intérêt ciblé, mais dans des quantités fixes. D'où le qualificatif de quantitatif. Jonathan Wilmot, stratège en placement au Credit Suisse, donne une définition simple de l'assouplissement quantitatif: «L'assouplissement quantitatif est l'outil que les banques centrales utilisent pour assouplir leur politique monétaire lorsqu'elles aimeraient fixer leur taux d'intérêt autour de -3% mais qu'elles reconnaissent ne pas pouvoir descendre en dessous de zéro.»

Vous n'auriez pas un billion?

Les quantités fixes sont parfois énormes. Depuis 2008, l'assouplissement quantitatif des banques centrales a été à l'origine de la création ex nihilo de plusieurs billions de dollars, d'euros, de yen, de livres et de couronnes suédoises. Jonathan Wilmot ajoute que sans cela, nous aurions sombré dans une dépression mondiale. La première opération menée par la Réserve fédérale américaine de 2008 à 2010, aujourd'hui baptisée «QE1», a permis d'éviter «des faillites en série, une spirale infernale de l'endettement et un effondrement général de l'économie telle que nous la connaissons.» Nous aurions revécu une crise similaire à celles des années 1930 et 1890. Les mesures d'assouplissement quantitatif prises par la suite aux États-Unis, au Japon, au Royaume-Uni, dans la zone euro et en Suède ont probablement été moins essentielles. Jonathan Wilmot et de nombreux autres experts estiment néanmoins que dans l'ensemble, l'assouplissement quantitatif, qui a préservé les emplois et a évité l'effondrement de l'économie, a été une bonne chose.

À l'origine de la formation d'une bulle?

Il ne faut pas abuser des bonnes choses, répliquent certains économistes. Anna Zabrodzka de Moody's Analytics a par exemple déclaré dans un commentaire de mi-juillet 2015 que l'assouplissement quantitatif alimentait les bulles spéculatives. Elle explique que l'assouplissement quantitatif décidé par la Banque centrale européenne a en particulier fait exploser les prix de l'immobilier en Allemagne, en Norvège et au Royaume-Uni. David Stockman, ancien directeur du Bureau du Budget américain, va plus loin qu'Anna Zabrodzka, parlant de «fraude des prix faussés». Sa définition compliquée précise qu'une «monétisation massive de la dette publique entraîne la répression systématique du taux de capitalisation sur lequel se fonde tout le système financier. Et quand le taux de capitalisation est artificiellement ramené à des niveaux subéconomiques inférieurs... » Ou plus simplement: l'assouplissement quantitatif nourrit des bulles spéculatives. Jonathan Wilmot soutient quant à lui que dans son interprétation, David Stockman confond corrélation et causalité. Il se peut effectivement que des bulles spéculatives se soient formées et l'assouplissement quantitatif est bien évidemment une réalité, mais cela ne veut pas dire qu'il existe un rapport de cause à effet entre les deux.

Expansion des portefeuilles «à parité du risque»

Jonathan Wilmot reconnaît que tout n'est pas rose dans l'assouplissement quantitatif. L'une de ses conséquences inattendues a été d'encourager une approche de gestion de portefeuille connue sous le nom de «parité du risque». Jennifer Bollen, qui écrit pour «Investment & Pensions Europe», en donne une définition simple. Selon elle, la parité du risque a recours à l'effet de levier non pas pour augmenter les rendements, mais pour réduire le risque. Cette approche est appliquée aux larges portefeuilles comportant des actions, des obligations de différents types, des hypothèques titrisées, des matières premières et des immeubles. Jonathan Wilmot explique que l'approche dite de parité du risque adoptée par certains investisseurs et la stratégie correspondante appelée action à volatilité contrôlée pourraient avoir déclenché les turbulences qui ont ébranlé les marchés des actions de mi-août à mi-septembre 2015. Les adeptes de cette approche ont été obligés de se désendetter, autrement dit de vendre, ce qui, selon l'indice de référence mondial MSCI ACWI, a fait dégringoler les actions de 7%. Ironie du sort, la stratégie visant à réduire le risque pour quelques-uns, lorsqu'elle est mise en œuvre par de nombreux investisseurs, finit par accroître le risque.

Les perdants: les générations futures

Les personnes les plus pénalisées par l'assouplissement quantitatif sont faciles à définir. Des voix qui vont du Fonds monétaire international à la Banque centrale européenne (BCE) en passant par le groupe de réflexion des pays développés de l'OCDE ont prévenu que l'assouplissement et l'argent facile constituaient une menace pour les caisses de pension et les compagnies d'assurance. Et s'il est vrai qu'elles devraient s'inquiéter, leurs futurs clients le devraient encore plus. Prenons le cas d'un Britannique qui arrive à l'âge de la retraite et qui a cotisé à un régime de retraite à cotisations définies (plutôt qu'à un régime dans lequel les cotisations sont définies en fonction du salaire de pré-retraite du futur retraité). S'il opte pour la voie classique qui consiste à convertir sa pension de retraite en une rente annuelle fixe, au mieux, il ne recevra qu'un tiers de la somme qu'il aurait touchée à montant égal il y a 25 ou 30 ans. Grâce à la politique de l'argent facile (et aux taux d'intérêt historiquement bas), la triste vérité, c'est que de nombreux futurs seniors devront travailler plus longtemps et vivre plus chichement que prévu, même s'ils avaient fait leurs calculs avec soin.

L'assouplissement quantitatif: pour combien de temps encore?

La Fed a déjà mis fin à son programme d'assouplissement quantitatif, et bien que la BCE maintienne sa politique souple, de l'avis général, elle devrait l'abandonner l'an prochain. Ce qui ne signifie pas pour autant que d'ici là, les banques centrales se seront complètement remises du choc de 2008 et de ses conséquences. Selon Jonathan Wilmot, il faudra plus de temps aux banques et marchés hantés pour retrouver leurs «esprits animaux», pour citer l'économiste John Maynard Keynes, qui a écrit en 1936 que «nos décisions de poser un acte positif... peuvent être prises seulement comme la conséquence d'esprits animaux – d'un besoin spontané d'action plutôt que d'inaction, et non comme l'aboutissement d'une moyenne pondérée de bénéfices multipliés par des probabilités quantitatives». Cette définition est peut-être trop compliquée, alors je résume: la peur et la cupidité, ou la prudence et la confiance, déterminent l'évolution des marchés. Jonathan Wilmot estime que le moment venu, les États-Unis travailleront au lent rétablissement de la confiance, avec des taux d'intérêt qui pourraient atteindre 3-4% d'ici 2018.