«Même en tant que membre de l'UDC, je suis Européen»
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«Même en tant que membre de l'UDC, je suis Européen»

La voix de la politique – Jürg Stahl, le nouveau premier citoyen suisse, nous parle de ses inquiétudes, du rapport avec l'Europe et de son souhait pour 2017 en tant que président du Conseil national: «plus de sérénité».

Simon Brunner/Oliver Heer: Le chômage, les étrangers, la prévoyance vieillesse inquiètent les Suisses. Quels sont d'après vous les principaux problèmes du pays?

Jürg Stahl : Je suis d'accord avec cette liste. La position de tête du chômage indique, selon moi, que les gens sont conscients de l'importance d'une économie forte et stable en tant que moteur de la Suisse. La réforme de la prévoyance vieillesse est pour moi le plus gros défi.

Les préoccupations concernant les étrangers ou les réfugiés et la question de l'asile ont quelque peu reculé; la cohabitation s'est-elle normalisée?

Si vous regroupiez ces préoccupations en un seul thème, il serait largement en tête de liste, même si vous enleviez encore autre chose, car de nombreux sondés ont cité ces deux thèmes. Mais ce recul des inquiétudes est évidemment positif: il signifie que la politique prend le sujet plus au sérieux. De manière générale, il semblerait que Berne ne s'en sorte pas si mal: la plupart des préoccupations ont diminué. Et la confiance dans le Conseil fédéral, le Conseil national et le Conseil des États est très forte.

La réforme de la prévoyance vieillesse est pour moi le plus gros défi.

Jürg Stahl 

Dans les zones rurales, en particulier, la question des étrangers reste une préoccupation centrale pour de nombreux sondés (41%), bien plus qu'en agglomération (35%) et dans les zones urbaines (33%). Pourquoi?

J'ai vécu quarante ans en ville, à Winterthour. Dans ma classe, il y avait dix Italiens, deux Turcs et une fille de l'ex-Yougoslavie, et seulement sept Suisses. Pour moi, les cultures étrangères n'ont rien d'inhabituel. Depuis huit ans, j'habite la commune très rurale de Brütten (Zurich). C'est un village de 1900 âmes: si nous avons cinq demandeurs d'asile, on le remarque tout de suite. Les gens réagissent autrement qu'en ville. L'environnement immédiat frappe les gens, ils fonctionnent tout simplement ainsi.

Récemment, on a parfois parlé de deux «Suisses» – une plutôt rurale et une urbaine. Est-ce aussi votre vision?

En fonction du temps, il y a un fossé de röstis, un fossé de polenta, un fossé entre pauvres et riches, hommes et femmes ou entre ville et campagne – cela me semble être plutôt un phénomène de mode. Bien sûr, on s'identifie à sa propre terre et on s'irrite contre les autres ou on les envie. Mais il est sain d'avoir un peu de concurrence, c'est la diversité qui fait la Suisse. Et quand la Nati remporte un match, nous nous réjouissons tous.

Contre toute attente, le terrorisme n'est la principale préoccupation que pour 14% des sondés. Comment l'expliquez-vous?

Après le 11 septembre, cette préoccupation a bondi de 1% à 27%. Mais sans vouloir minimiser le problème: on se sent apparemment plus en sécurité en Suisse.

Et quand la Nati remporte un match, nous nous réjouissons tous.

Jürg Stahl 

Concernant la relation de la Suisse et de l'UE à l'avenir, 67% des sondés expriment l'envie de poursuivre les accords bilatéraux. Ils n'étaient que 47% l'an passé. Comment interprétez-vous cela?

Je vois surtout que l'adhésion à l'UE n'est la priorité que pour 2%. Cela me réjouit! Actuellement, on parle beaucoup de la compatibilité de l'initiative «contre l'immigration» de masse avec les accords bilatéraux; mais moi aussi, en tant que membre de l'UDC, je suis Européen. Nous devons clarifier la relation avec nos voisins, c'est indiscutable. J'interprète le résultat ainsi: les gens souhaitent que les politiques trouvent un terrain d'entente et abordent le problème. Je pense que c'est une demande légitime.

On constate à nouveau dans l'enquête à quel point les Suisses aiment leur pays, en sont fiers et le trouvent mieux que d'autres. Sont-ils un peu trop narcissiques?

C'était également ma première pensée en examinant les résultats. Mais les sondés ont raison: notre économie se porte bien. Nous sommes les champions mondiaux de l'innovation. En bref: aucun pays autour de nous ne dégage une telle impression de sécurité. Cette situation ne tombe pas du ciel, nous l'avons acquise à la sueur de notre front.

À quel point la «suissitude» est-elle un phénomène de mode?

Quand j'étais à l'école, on collait des stickers du magazine «Bravo» sur nos blousons en jean, aujourd'hui, il existe des pin's suisses, qui sont aussi certainement une mode. Et en tant qu'amateur de sport, il me paraît clair que l'équipe nationale de football a quelque chose à faire avec la suissitude. Ma génération a dû attendre 26 ans pour voir la Nati se qualifier dans un grand tournoi. L'identification à une équipe qui participe à un tournoi international est tout simplement plus forte. Parmi mes copains d'enfance, il y avait de nombreux fans des Pays-Bas, de l'Argentine et de l'Italie.

Vous êtes connu en tant qu'expert du football – remplissez-vous encore des albums d'images de foot?

Depuis la Coupe du monde de 1974, j'ai rempli tous les albums Panini. Au moment de l'Euro 2016, je me suis dit que cela n'était pas convenable pour un vice-président, et encore moins pour un futur président du Conseil national, et pour la première fois, je n'en ai acheté aucun.

Je voudrais inviter chacun à plus de sérénité. 

Jürg Stahl 

Dernière question: qu'avez-vous l'intention de faire en 2017 en tant que président du Conseil national et donc premier citoyen suisse?

Je fais partie des «politiciens normaux», et compte bien le rester. Chaque matin, lorsque le réveil sonne, je me lève et m'efforce de faire du bon boulot. Cela doit rester ainsi l'année prochaine. J'ai deux lignes directrices: je crois que la vie devrait redevenir plus simple. Il y a trop de lois, de règlements et de directives. Et deuxièmement, nous évoluons d'une société de confiance vers une société de méfiance, cela ne me plaît pas. Je voudrais appeler les Suisses à se faire davantage confiance mutuellement, et inviter chacun à plus de sérénité.