Dany Ryser: «Ce n'était pas la meilleure promotion»

Dany Ryser prend sa retraite après 18 ans passés à l'Association Suisse de Football (ASF). Le coach de l'équipe suisse M17 sacrée championne du monde nous parle d'enfants prodiges, d'égoïsme et de victoire historique.

Avec Granit Xhaka, Ricardo Rodriguez, Haris Seferović et Pajtim Kasami, quatre champions du monde M17 évoluent aujourd'hui dans l'équipe nationale A. Vous pouvez partir la tête haute.

Dany Ryser: Je ne parlerais pas de fierté, car c'est à eux-mêmes qu'ils doivent leur réussite. Je parlerais plutôt de satisfaction. Mais je pense tout aussi souvent aux joueurs qui n'ont pas réussi. Je suis encore en contact avec quelques-uns d'entre eux.

Etes-vous surpris de la réussite de ces quatre joueurs?

Non, après tout ils étaient tous dans notre programme Footuro destiné aux potentiels joueurs pour l'équipe nationale A, dont faisaient également partie Nassim Ben Khalifa et Josip Drmić. Ce dernier aurait d'ailleurs intégré l'équipe nationale s'il avait été naturalisé à temps. Ce qui est surprenant, c'est plutôt qu'autant soient allés aussi loin, car l'année 1992 n'était pas la meilleure promotion.

C'est-à-dire?

Quand j'ai repris cette classe, mes collègues m'ont dit avant la qualification pour la Coupe du monde: «Dany, la tâche s'annonce difficile. Ce n'est pas une excellente cuvée.» Et quand la Coupe du monde a commencé, nous avons été reclassés deuxième équipe la plus faible par un comité spécialisé.

Pourquoi cette ascension a-t-elle été possible?

Parce que nous nous sommes serrés les coudes, que nous sommes restés concentrés uniquement sur le match suivant et que nous avons toujours joué pour la victoire. Lors du troisième match, contre le Brésil, j'ai pris conscience de la situation: une victoire nous mènerait en huitième de finale contre l'Allemagne, grande favorite du tournoi, tandis qu'une défaite nous ferait jouer contre la Nouvelle-Zélande, un concurrent de toute évidence moins coriace. J'ai choisi l'Allemagne, car je voulais exploiter cet élan. La prise de risque a payé.

Quelle a été l'importance de ce titre pour la carrière des joueurs?

Ce titre a joué un rôle déterminant. Dans le sport, le talent ne fait pas tout, il faut aussi des expériences positives telles que cette victoire. Grâce à elle, les joueurs ont compris qu'ils pouvaient aller très loin. Quand Ottmar Hitzfeld a appelé certains champions du monde M17 à intégrer l'équipe nationale A, il l'a constaté: «Ces joueurs se lancent sur le terrain avec la conviction profonde de pouvoir battre tous les adversaires.»

Le monde du football a fortement changé, et les joueurs avec lui.

Avant on commandait, maintenant on doit expliquer. Les joueurs veulent comprendre pourquoi on leur demande de faire quelque chose. Il faut leur présenter les choses de manière à ce qu'ils se fixent eux-mêmes des objectifs.

De nos jours, les joueurs écoutent-ils davantage leur conseiller que leur entraîneur?

L'influence du conseiller a en effet énormément augmenté. En tant qu'entraîneurs, nous devons montrer aux jeunes à quel niveau ils se trouvent réellement et quels intérêts poursuivre. Si un conseiller devient trop influant, je le dis au joueur.

Les joueurs ont-ils besoin d'un conseiller aujourd'hui?

Dans le football, il s'agit désormais de plus en plus de gagner de l'argent rapidement plutôt que de viser le succès à long terme. Ceci vaut également pour certains responsables sportifs et présidents de clubs. Dans ces moments-là, avoir un bon conseiller est un plus. Malheureusement, il n'y en a que trop peu.

Comme dans l'économie, le combat pour les meilleurs talents est de plus en plus dur.

En effet. Auparavant, les chercheurs de talents n'étaient qu'une poignée sur la touche, contre plus de cinquante aujourd'hui. C'est un compliment pour notre travail de formation, mais je pourrais m'en passer.

Pourquoi?

Quand de jeunes garçons de 14 ans sont contactés par des chasseurs de têtes de Manchester United ou de Chelsea, ils sont souvent complètement dépassés. Tout comme leurs parents. Ils commettent alors des erreurs qui peuvent gâcher leur carrière.

Que conseillez-vous à ces joueurs?

Restez ici! Nous avons l'une des meilleures formations du monde. Profitez-en et jouez encore une ou deux saisons en Super League. Ensuite, il sera temps de faire le grand saut et de partir à l'étranger.

Il existe toutefois des contre-exemples, comme Pajtim Kasami qui a vagabondé dans toute l'Europe à 16 ans et qui a tout de même réussi.

Pajtim est un joueur à part. A l'époque, je n'avais pas du tout essayé de le dissuader de partir à l'étranger. Cela n'aurait eu aucun sens. Mais nous avions pris le temps d'en discuter tous les deux pendant deux heures. Je lui ai dit: «Patjim, tu peux nous apporter quelque chose, et nous pouvons t'apporter quelque chose.» Et je lui ai expliqué clairement ce que j'attendais de lui s'il restait avec nous. Puis je l'ai invité au premier stage d'entraînement et j'ai senti qu'il jouait le jeu. Son ascension est exceptionnelle et son potentiel est loin d'être épuisé. Mais la plupart de ces carrières échouent.

Y a-t-il des enfants prodiges?

Cette expression est de plus en plus utilisée de nos jours et encense la plupart du temps une technique hors pair. Mais pour grimper les échelons, d'autres facteurs tels que la motivation de la performance, la gestion de la pression et du stress sont indispensables. Je pense qu'il est absolument impossible d'évaluer les perspectives de carrière d'un joueur de 13 ans. Ça n'est pas sérieux. Et nous ne devons pas nous concentrer uniquement sur les attaquants. Jogi Löw m'a dit récemment que nous avions un problème: nous formons trop d'attaquants et de milieux de terrain et nous négligeons les autres postes.

Comme l'arrière gauche Ricardo Rodriguez, qui n'était pas au centre de l'attention en 2009, mais qui est désormais le champion du monde M17 le plus performant?

Oui. Mais il reste toutefois dans l'ombre des autres joueurs, et à tort. Il a réalisé un tournoi extraordinaire et s'est très bien débrouillé face à Neymar. Ricardo Rodriguez n'est pas un magicien, certes, mais il fait toujours de son mieux.

David Beckham est un modèle pour les jeunes joueurs: look, tatouages et une femme mannequin. Ce culte de la célébrité vous dérange-t-il?

Le football est à l'image de la société, et l'individu y occupe aujourd'hui une place centrale. J'essaye simplement d'expliquer clairement à chaque joueur: «Tu ne pourras jamais faire de grande carrière seul. Il te faut toujours une équipe.» Ils doivent comprendre qu'une attitude égoïste n'est pas tolérée au sein d'une équipe. Nos équipes suisses ne peuvent rencontrer le succès que grâce à un véritable effort d'équipe. Nous sommes trop petits pour laisser onze individualistes prendre le dessus.

Que doit absolument avoir un jeune talent?

Un potentiel footballistique, de la passion et énormément de pratique. En restant sur le banc de touche, on stagne. Ce qui nous ramène à la bonne planification de carrière...

Souffrez-vous de voir la carrière de certains anciens protégés voler en éclat?

Souffrir est un peu fort. Je le regrette, oui. Mais il y a souvent de bonnes raisons. Par exemple, lorsqu'un joueur ne fait plus aucun effort dès qu'il a signé son premier contrat en tant que professionnel. Par ailleurs, on ne construit pas une carrière sans le soutien de ses proches. Certains ne sont pas assez entourés, d'autres le sont trop.

Vous avez vous-même dû prendre des décisions difficiles et les annoncer aux jeunes joueurs.

Ce n'est pas la partie la plus agréable de ce métier. Mais en fin de compte, notre formation vise l'excellence et le processus d'élimination est impitoyable. J'ai toujours été ouvert et honnête avec tous les joueurs. Avec moi, ils savaient toujours à quoi s'en tenir. Et j'ai toujours essayé de faire en sorte que ceux qui ont été éliminés ne restent pas sur le carreau et aient des perspectives d'avenir.

En quoi le titre de champions du monde a-t-il changé votre vie?

Sans ce titre, je n'aurais pas parcouru la moitié du monde pour assurer la promotion de la relève. Je n'aurais jamais parlé de coaching et de teambuilding en présence de représentants de l'économie. Mais j'ai toujours essayé de rester moi-même. Je ne suis pas du genre à me rendre à des événements pour apparaître le lendemain dans le journal avec une coupe de champagne à la main.

Vous a-t-on proposé des postes qui vous ont sérieusement tenté?

Après la victoire en Coupe du monde, on m'a proposé plusieurs postes d'entraîneur national, d'entraîneur des M21 ou de directeur technique à l'étranger. Mais je suis très attaché à ce poste et l'ASF m'a également témoigné une grande considération, et je suis donc resté.

Par la suite, vous avez également été contacté par la Super League.

Oui, et sur le plan sportif, le niveau professionnel m'aurait également attiré. Mais j'ai beaucoup de mal avec tout le cirque qui l'entoure. La considération et le respect sont pour moi des valeurs essentielles. Des valeurs qui sont semble-t-il passées de mode dans le monde de l'entraînement...

... mais qui sont incluses dans les salaires des entraîneurs.

Dans ce cas je me passe volontiers d'une hausse de salaire.

D'après vous, quel potentiel d'optimisation reste-t-il encore dans la promotion de la relève?

Aucune amélioration drastique n'est nécessaire, mais nous devons sans cesse nous perfectionner. L'été dernier, nous avons créé le projet Footeco pour les 12-13 ans. L'étape suivante consistera à moderniser le programme Footuro. Nous devons renforcer la collaboration avec les clubs et faire appel à des Talent Managers pour accompagner les meilleurs joueurs de manière encore plus intensive. Ces missions seront assurées par la nouvelle équipe de Laurent Prince et Heinz Moser.

Parmi la relève, existe-t-il une promotion particulièrement prometteuse?

La promotion 2000 semble intéressante. Mais il y a des talents dans toutes les classes d'âge. Notre objectif reste le même: nous voulons propulser un ou deux joueurs de chaque promotion en équipe nationale A.

Restez-vous pour toujours l'unique coach suisse des champions du monde?

Je pense que d'autres titres sont tout à fait possibles. Il faut que tous les facteurs s'accordent. Pourquoi pas avec la Nati?