Emilie Gachet

Senior Economist - Policy & Thematic Economics

Le marché suisse du travail est confronté à un manque de personnel

Malgré les incertitudes croissantes qui pèsent sur la conjoncture, le marché suisse du travail s’est montré particulièrement solide depuis le début de l’année. Depuis le printemps 2022, le taux de chômage corrigé des variations saisonnières s’est établi à 2,2 %, soit sa valeur la plus basse depuis 20 ans. En même temps, le nombre de postes vacants a atteint des niveaux record. Dans ce contexte, il n’est guère étonnant que le recrutement de main-d’œuvre qualifiée représente actuellement un véritable défi pour les entreprises.

 

Le manque de personnel affecte tous les secteurs. En particulier, les effectifs sont considérés comme insuffisants un peu partout dans les secteurs de la santé, des services sociaux, des prestataires de services aux entreprises, de l’hôtellerie et de la restauration ainsi que de la construction et des technologies de l’information.

Moniteur Suisse T3 2022

Découvrez dans notre nouvelle étude quelle sera l’évolution du marché suisse du travail et de la fixation des salaires des entreprises locales.

14/09/2022

Incitations pour recruter du personnel grâce au salaire et à un environnement de travail attrayant

Dans un environnement de marché marqué par l’inflation et le manque de personnel, il est d’autant plus essentiel de conserver les collaborateurs existants et d’acquérir de nouveaux effectifs qualifiés. Cette incitation est mise en œuvre d’une part par le biais des salaires et d’autre part par un environnement de travail attrayant.


1. Fixation des salaires

Après plus d’une décennie de croissance modérée, les salaires nominaux augmentent à nouveau fortement. Ainsi, au premier semestre 2022, le salaire a augmenté d’environ 2% pour une même activité par rapport à la même période de l’année précédente.

 

Il est intéressant de noter que les salariés suisses ont tendance à ne pas exploiter pleinement leur marge de manœuvre en matière de politique salariale. Cela signifie qu’ils renoncent à des augmentations salariales maximales à court terme, afin de réduire le risque de chômage et donc de contribuer à garantir leur prospérité à long terme. Mais il est tout aussi intéressant de constater qu’en 2021, près de 30% des actifs à la recherche d’un emploi citaient le salaire comme principal motif à l’origine de leur démarche.

2. Flexibilisation du travail

Pour conserver leur attrait en tant qu’employeur dans un environnement marqué par une pénurie de main-d’œuvre spécialisée, les entreprises peuvent également proposer des conditions de travail plus intéressantes ainsi que des prestations salariales complémentaires, ou «fringe benefits». La majorité des entreprises industrielles interrogées (69%) ainsi que 76% des prestataires de services misent depuis peu sur des modèles de travail flexibles, tels que la possibilité de télétravailler ou une plus grande flexibilité des horaires de travail. En revanche, ils envisagent plus rarement l’élargissement des prestations salariales complémentaires, telles que l’accès à des formations continues.

Moniteur Suisse T3 2022

Étude sur les évolutions du marché suisse du travail.

14/09/2022

Prévisions en matière d’évolution des salaires en 2023

Les négociations salariales pour l’année 2023 approchent à grands pas pour de nombreuses entreprises. En raison de la situation économique actuelle, les syndicats demandent d’une part la compensation du renchérissement afin de garantir le pouvoir d’achat des salariés et exigent d’autre part de nouvelles hausses des salaires réels. Les augmentations salariales demandées par les syndicats dépassent toutefois en moyenne les hausses visées par les entreprises.

 

Le résultat des négociations salariales pour 2023 dépendra toutefois largement de la situation économique et des perspectives au moment des négociations au dernier trimestre 2022. À cet égard, les perspectives économiques, qui se sont récemment assombries, ainsi que le ralentissement attendu de la croissance jouent un rôle central. Il convient également de garder à l’esprit que la marge de manœuvre financière des entreprises sera déterminante dans le cadre des augmentations salariales. Des enquêtes sur la conjoncture ont montré que les résultats de secteurs clés tels que l’industrie, la construction ou le commerce ont à nouveau faibli dernièrement, ce qui devrait limiter la future croissance des salaires. Pour l’année 2023, le Credit Suisse table sur une croissance de 2,3% du salaire nominal.

Vous souhaitez en savoir plus sur la situation économique actuelle pour les entreprises suisses?