Marchés financiers suisses: leçons tirées d’un siècle d’histoire
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Leçons tirées d’un siècle d’histoire sur les marchés financiers suisses

L’histoire est le meilleur des professeurs. Comme le montrent six constats simples à l'intention des investisseurs, ce principe vaut aussi pour les marchés financiers suisses.

Les nombreuses leçons tirées de l’histoire de nos marchés financiers permettent de réaliser dans la durée des investissements plus rentables. Six constats concernant les placements en Suisse ressortent des rendements des marchés financiers sur plus de cent ans: 

1. Les marchés financiers sont source de nombreux mirages

L’illusion nominale est la mère de ces derniers. Elle trompe les investisseurs principalement à travers les cours de change, l’inflation et les rendements du marché des capitaux. Qui la perce à jour obtient une meilleure performance à terme.

2. Les rendements réels des actions et des obligations suisses sont nettement meilleurs que leur réputation ne le fait croire

Sur une base nominale, 1000 CHF investis dans des actions suisses en 1900 auraient rapporté près de deux millions de francs jusqu’à nos jours.

Cela correspond à une performance moyenne de 6,7% par an. Corrigé de l’inflation, le rendement réel annuel s’élève encore à 4,5%, un pourcentage supérieur à celui du marché mondial.

1000 CHF investis en actions suisses auraient rapporté aujourd’hui 1,94 mio. CHF

1000 CHF investis en actions suisses auraient rapporté aujourd’hui 1,94 mio. CHF

Sources: Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, Triumph of the Optimists, Princeton University Press, 2002, et autres publications de recherche

3. Les actions suisses font partie des cinq meilleurs marchés boursiers du monde d'un point de vue historique

Pour éviter de «comparer des pommes et des poires», il faudrait encore convertir la performance des actions suisses dans une monnaie de comparaison telle que le dollar américain (ou l’euro). En effet, cela permet de mettre en évidence la valeur ajoutée souvent sous-estimée du pouvoir d’achat supérieur à l’étranger. Sans l’industrie pharmaceutique et ses fortes exportations, la Suisse afficherait un grand déficit de sa balance courante, induit par les grands volumes d’importations et les nombreux voyages à l’étranger que les Suisses peuvent se permettre en raison de la vigueur du franc principalement.

Mais revenons à la performance des actions helvétiques. Sa conversion en USD l’augmente encore car le franc suisse est la monnaie la plus forte du monde jusqu’ici.

Face au dollar américain, le franc suisse s’est apprécié de 0,7% par an. Les actions suisses en USD ont donc enregistré une performance de 7,5% p.a. en valeur nominale et de 5,2% p.a. en valeur réelle, de sorte que la bourse helvétique figure parmi les cinq meilleurs marchés du monde sur le plan historique! Cela montre aussi que la vigueur du franc n’est pas seulement une malédiction mais aussi une bénédiction. Comme pour tout, c’est une question de point de vue.

Le franc suisse est la monnaie la plus forte du monde

Le franc suisse est la monnaie la plus forte du monde

Sources: Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, Triumph of the Optimists, Princeton University Press, 2002, et autres publications de recherche

4. La vigueur du franc s’explique notamment par le fait que la Suisse affiche le taux d’inflation le plus bas du monde

La combinaison helvétique de stabilité des prix et de stabilité monétaire constitue le meilleur atout pour un marché financier performant. Même la volatilité des actions suisses se situe dans le quart inférieur de la comparaison internationale. Bien que la Suisse possède seulement 0,1% de la population mondiale (et représente 1% du produit intérieur brut mondial), la quote-part de son marché boursier dans la capitalisation mondiale est de 3%, preuve indéniable d’un modèle de réussite!

La Suisse a le taux d’inflation le plus bas (et la monnaie la plus forte) du monde

La Suisse a le taux d’inflation le plus bas (et la monnaie la plus forte) du monde 

Sources: Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, Triumph of the Optimists, Princeton University Press, 2002, et autres publications de recherche 

5. Les emprunts de la Confédération ont été les champions du monde cachés du siècle dernier

À y regarder de près, même les emprunts souverains helvétiques se révèlent être une «pochette-surprise», ou presque. En effet, rien qu’en monnaie locale, ils affichent la meilleure performance du monde d’un point de vue historique (seule celle du Danemark semble être supérieure à première vue, mais cela s’explique par un manque de données qui a été corrigé par des emprunts hypothécaires aux rendements supérieurs). Après conversion en USD, leurs rendements réels s’élèvent à 3% p.a. en comparaison historique.

En bref: ils remportent la médaille d’or dans la catégorie des «meilleurs emprunts souverains du monde». Voilà les investisseurs en quête de rendement avertis: les hauts rendements en monnaies faibles se révèlent être souvent des mirages.  

Les emprunts souverains suisses ont dégagé les meilleurs rendements du monde (en USD)

Les emprunts souverains suisses ont dégagé les meilleurs rendements du monde (en USD) 

Sources: Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, Triumph of the Optimists, Princeton University Press, 2002, et autres publications de recherche 

6. Les performances annuelles le démontrent: le risque de fluctuation des actions décroît à mesure que l’horizon de placement s’allonge

Si l’on représente les performances annuelles des actions suisses dans une distribution de fréquences, il en ressort une distribution normale légèrement inclinée à droite. Elle confirme a) que les actions paient à long terme des primes de risque positives et b) que leur risque de fluctuation décroît à mesure que l’horizon de placement s’allonge. La période de performance négative la plus longue des actions suisses s’est étendue de 1907 à 1931.

Distribution des fréquences des performances annuelles des actions suisses

Distribution des fréquences des performances annuelles des actions suisses

Sources: Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, Triumph of the Optimists, Princeton University Press, 2002, et autres publications de recherche