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Le commerce mondial et ses défis: le jeu des droits de douane

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a ravivé les bruits de couloir et génère une incertitude croissante. D’un point de vue historique, les droits de douane ne sont pas un nouvel instrument. Mais qu’est-ce qui se cache derrière les droits de douane américains actuels? Et comment les investisseurs peuvent-ils gérer cette situation?

Les conséquences des droits de douane peuvent être imprévisibles

En 1689, lorsque le roi d’Angleterre a imposé des droits de douane élevés sur les importations de vin français dans le but de stimuler la demande de boissons alcooliques nationales, il ne s’attendait pas à un tel résultat: les années suivantes, les consommateurs britanniques ont certes délaissé comme prévu le vin français au profit de spiritueux locaux, notamment du gin. Mais, en conséquence, les statistiques de la criminalité se sont détériorées et le nombre d’alcooliques a augmenté.

La morale de cette histoire est que les interventions commerciales ont souvent des incidences inattendues, surtout dans notre monde globalisé actuel, où l’«effet domino» peut être vaste et durable.

Guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

En termes simples, les tensions commerciales résultent souvent de déséquilibres commerciaux mais aussi de perspectives: une partie offre quelque chose que l’autre souhaite avoir. En mars, au cours d’un premier cycle, les États-Unis ont imposé à certains pays, dont la Chine, des taxes sur les importations d’acier et d’aluminium pour environ 2 milliards USD afin de mieux protéger leurs producteurs.

La Chine a rapidement réagi en instaurant à son tour des taxes sur 128 produits américains comme les fruits, le vin et le porc pour un montant de 3 milliards USD. Un deuxième cycle de droits de douane pourrait, d’un côté comme de l’autre, concerner différents secteurs et représenter environ 50 milliards USD d’échanges commerciaux. Le volume des importations américaines en provenance de la Chine est à peu près quatre fois plus élevé que le volume des importations chinoises en provenance des États-Unis.

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Aperçu du deuxième cycle de taxes

Source: Peterson Institute for International Economics, The Economist

Bush s’était déjà cassé les dents sur les droits de douane

En 2002/2003, à la suite de la taxe de 30% introduite par le président américain Bush sur les importations d’acier, la Chine et l’UE ont répliqué en ciblant des marchandises produites soit dans les États à dominante républicaine, soit dans les États charnières («swing states»), qui comptent autant d’électeurs démocrates que républicains. Les biens concernés incluaient les tissus et textiles de Caroline, le bourbon et les motos du Tennessee et du Kentucky ainsi que les oranges de Floride. Bush a révoqué ces droits de douane sur l’acier près de deux ans après leur mise en place.

Rétrospectivement, l’effet positif escompté sur le secteur de l’acier s’est accompagné de dommages collatéraux, soulignant l’importance de l’«effet domino»: selon un rapport de l’U.S. International Trade Commission de 2003, les gains d’emplois dans les usines produisant de l’acier brut n’ont pas compensé les pertes d’emploi dans d’autres industries, comme celles utilisant l’acier brut pour fabriquer des pièces automobiles et des appareils électroménagers.

Il semble que les marchandises qui influent sur la réélection du parti politique et du président au pouvoir soient le talon d’Achille en matière de droits de douane.

Quel est l’impact de la guerre commerciale sur les marchés?

Tout d’abord, nous devons garder à l’esprit que les importations et les exportations ne constituent qu’une part du produit intérieur brut (PIB) d’un pays. Si les biens représentent 80% du commerce planétaire, leur contribution au PIB mondial n’est que de 12%.

Et en pleine discussion tarifaire, les mesures libérales sont souvent oubliées: la déclaration de Donald Trump selon laquelle il renégocierait l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) envoie un signal positif et laisse espérer la tenue d’autres négociations régionales ou bilatérales. Cela appuie l’opinion des experts du Credit Suisse selon laquelle des clauses commerciales réciproques sont un objectif majeur et le discours de fermeté de Donald Trump serait plutôt une stratégie de négociation.

Nous continuons de miser sur les actions mondiales

Néanmoins, dans un monde globalisé, trouver de nouveaux partenaires commerciaux n’est pas difficile. Ainsi, ce n’est pas un hasard si l’UE et le Mexique ont signé en avril un nouvel accord de libre-échange. En conclusion, nous ne prévoyons pas d’escalade des tensions commerciales, ce qui se reflète dans notre opinion positive à l’égard des actions mondiales.

En Europe, nous avons une préférence pour les entreprises à petite capitalisation exposées au marché intérieur et moins dépendantes des taxes douanières. En termes de secteurs, nous privilégions ceux exposés à la croissance comme l’informatique et les services financiers, quel que soit leur engagement international. Pour limiter le risque lié à une montée du discours protectionniste, nous incluons les télécommunications, un secteur domestique défensif, mais demeurons prudents sur les biens de consommation non cycliques et les valeurs industrielles. Ces recommandations sont à considérer dans le contexte d’un portefeuille, une large diversification étant la meilleure stratégie d’investissement.