une-sortie-de-la-zone-euro-serait-un-suicide-économique
Articles

Une sortie de l’euro de l’Italie est très improbable

Les problèmes politiques en Italie ont ébranlé les marchés financiers. Mais une sortie de la zone euro est très peu probable. Cela reviendrait à un suicide économique. En outre, la dette publique italienne ne peut pas être comparée à celle de la Grèce.

Service de la dette au plus bas depuis 1970

En italien, «ciao» signifie «bonjour» mais aussi «adieu». C’est probablement ainsi que le président Sergio Mattarella a salué et pris congé de Giuseppe Conte, le chef du gouvernement désigné puis démissionnaire. Pourtant, si on y regarde de plus près, on comprend pourquoi le risque de voir l’Italie déclencher une nouvelle crise de l’euro devrait être plus faible que les récentes réactions des marchés ne le laissent penser.

La dette italienne pèse 2300 milliards d’euros, ce qui est réellement beaucoup (trop). Elle correspond à plus de 130% de la performance économique annuelle du pays. Pourtant, le service de la dette n’a jamais été aussi bas depuis quarante ans.

service-de-la dette-de-l'italie-de-1970-à-aujourd'hui

Le service de la dette italienne est au plus bas depuis 40 ans

Service de la dette publique par rapport au PIB
Sources: OECD, Wall Street Journal

Des taux plus bas pour la dette publique italienne

En 2017, l’État italien a payé des intérêts à hauteur de 65 milliards d’euros, c’est-à-dire un peu moins que chacune des années qui ont suivi l’introduction de la monnaie unique en 1995. D’ici à fin 2020, il devrait émettre pour près de 600 milliards d’euros d’obligations pour se refinancer, soit 30% environ de la performance économique totale.

Néanmoins, malgré la récente augmentation des rendements de ses emprunts à 3%, le refinancement de ces dettes va alléger le budget national, car les obligations arrivant à échéance ont coûté 3,2% en moyenne. Et un autre facteur stabilise la situation financière du pays: les dettes privées comptent parmi les plus faibles d’Europe, tandis que l’âge de la retraite, bientôt fixé à 69 ans, sera l’un des plus élevés. Les choses ne sont pas toujours telles qu’elles paraissent à première vue.

Dette publique italienne dans le pays

L’hypothèse selon laquelle l’Italie pourrait faire pression sur l’UE en exigeant une remise de dette est absurde, car elle ne tient pas compte du fait qu’une grande partie de la dette publique est détenue par les banques, les citoyens et les caisses de pension du pays.

La situation de la Grèce en 2011 était très différente: le pays possédait un pouvoir de négociation vis-à-vis de l’UE, car à l’époque, la plupart de ses emprunts souverains étaient dans les mains de banques européennes. En d’autres termes: Rome devrait négocier une remise de dette avec ses propres citoyens, non avec Bruxelles. Les auteurs du premier programme gouvernemental avaient négligé ce détail piquant et ils ont dû supprimer cette revendication purement et simplement.

Il ne faut pas sous-estimer les institutions politiques du pays, ni la créativité et la joie de vivre de ses habitants!

Burkhard Varnholt CIO Suisse

Une sortie de l’euro serait un suicide économique pour l’Italie

La sortie de l’euro souhaitée par les populistes de gauche et de droite serait une catastrophe pour l’Italie. Un scénario hypothétique du jour où une telle décision serait prise montre bien qu’on n’en arrivera pas là:

1. La Banque centrale européenne devrait immédiatement geler toutes les facilités de soutien accordées aux banques italiennes.

2. Les guichets de ces dernières seraient d’emblée pris d’assaut.

3. Cette situation obligerait l’État à nationaliser les banques et à décréter un jour férié («Bank Holiday»).

4. Les primes de risque sur les obligations d’État italiennes exploseraient. Les créanciers (c’est-à-dire les banques et les caisses de pension italiennes ainsi que la BCE) essuieraient des pertes de cours de 30% à 50%.

5. Le cercle vicieux fiscal italien déclencherait des mesures de défense hostiles de la part des autres pays européens.

6. L’Italie se retrouverait dans un véritable état d’urgence. Le système financier serait insolvable. Les citoyens auraient l’impression d’être dépossédés de leurs ressources vitales. Il ne serait guère possible d’éviter une dépression économique, une fuite des capitaux et des troubles sociaux.

Conclusion: malgré les tensions, l'Italie ne sortira pas de la zone euro

Comme nous l’avons déjà dit, on n’en arrivera pas là, car le peuple, l’économie et les responsables politiques percevraient ces conséquences à temps, en dépit du mécontentement causé par la situation. Il ne faut pas sous-estimer les institutions politiques du pays, ni la créativité et la joie de vivre de ses habitants!