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Investir pendant l'épidémie de corona. Garder une vue d’ensemble.

Aussi puissant qu’un train qui fonce sur nous: c’est l’impression que donnent les effets dominos économiques déclenchés par la crise du coronavirus. Il convient néanmoins que les investisseurs inscrivent cette crise dans une perspective globale. Comment l’économie mondiale pourrait ne pas être la seule à se trouver changée par le coronavirus – et pourquoi le pire est probablement derrière nous sur les marchés financiers.

À court terme: une économie mondiale en repli, mais la confiance reste de mise

En imposant une quarantaine à l’économie et à la société, les responsables politiques ont déclenché une contraction mondiale sans précédent et prennent à présent des mesures énergiques pour en atténuer les retombées. Dans ce contexte, les investisseurs sont donc actuellement confrontés à de mauvaises nouvelles – mais ils ont aussi des raisons d’être confiants.

L’économie mondiale souffre du coronavirus

  • Les bénéfices par action plongent. D’après Factset, la plupart des analystes s’attendent à ce que les bénéfices par action chutent d’environ 33% en moyenne au deuxième trimestre. Les marchés boursiers anticipent déjà une baisse de 50%.
  • L’économie mondiale se contracte. De nombreux facteurs laissent envisager un repli à deux chiffres au deuxième trimestre. C’est du moins le consensus du marché.
  • Faillites en hausse, notations en baisse. Il reste à espérer que le monde politique saura empêcher les faillites d’importance systémique. Reste à savoir quel impact aura la vague prévisible de rétrogradations par les agences de notation.

 Pour les marchés financiers, le pire devrait être passé

Au cours des trois dernières semaines, les marchés boursiers mondiaux ont perdu l’équivalent de quelque 25 000 milliards de francs, ce qui correspond à un tiers de celle du monde. Et c’est ce qui laisse penser que le pire du krach est derrière nous. Les énormes plans de sauvetage engagés en Europe et aux États-Unis confirment également cette hypothèse. La pandémie a plongé les marchés dans une panique extrême. Les investisseurs expérimentés savent cependant aussi que ces situations extrêmes offrent régulièrement des opportunités d’achat, ainsi que le montre l’exemple des obligations énergétiques.

Des primes de risque élevées pour les obligations énergétiques

Primes de risque extrêmement élevées pour les obligations énergétiques

Écart de cours entre les obligations énergétiques investment grade et les liquidités en points de base

Source: Credit Suisse
Dernières données au: 20 mars 2020 

À long terme: l’économie mondiale après le coronavirus

Pourquoi les investisseurs devraient penser à l’avenir

Dans qui mérite d’être lu, le futurologue Matthias Horx encourage à contempler l’avenir sur la base d’une rétrospective imaginaire. En effet, lorsque nous «regardons le futur», nous voyons souvent des obstacles insurmontables qui se mettent en travers de notre chemin. En revanche, si nous incluons notre propre personne, notre évolution intérieure, dans l’équation de l’avenir, nous obtenons un tableau plus équilibré.

Imaginons donc qu’à la fin de cette année, nous regardions avec du recul le «noir mois de mars» 2020. Peut-être serons-nous étonnés par exemple du fait que…

… l’économie mondiale ait pu se contracter autant sans s’effondrer;
… nous ayons pu au final tirer profit de la bourse en dépit de son krach;
… rapidité avec laquelle l’humanité a remporté la course contre la montre pour arracher au virus le dard de la mortalité;
… nous devions notre victoire sur la crise bien davantage à notre intelligence naturelle qu’à l’intelligence artificielle;
… la crise ait généré un vaste éventail d’innovations et de changements disruptifs.

De profonds changements – pas seulement dans l’économie mondiale

La crise du coronavirus laisse de profondes marques sur l’économie. Mais le monde politique, la société, la technologie et l’environnement se trouvent également confrontés à des évolutions disruptives. À quoi notre vie pourrait ressembler après le coronavirus – et quelles seront les opportunités jusqu’à présent inimaginables qui se présenteront alors.

Société

  1. Le nombre de mondanités, de croisières et de voyages d’affaires diminuera durablement. La crise aura conféré une nouvelle humilité sociale en favorisant un «retour à l’essentiel».
  2. La solidarité gagnera en importance en tant que valeur. L’idée d’un système de santé universel progressera dans l’esprit des responsables politiques, même aux États- Unis.
  3. Le degré de tolérance à un durcissement de la réglementation et de la surveillance augmentera. L’Internet des objets accélérera le profond changement social.

Technologie

  1. L’économie numérique se développera à une vitesse fulgurante dans tous les aspects de la vie quotidienne. Ce qui était encore de la musique d’avenir avant la crise deviendra une nouvelle normalité dans son sillage.
  2. Un milliard d’élèves environ étudieront régulièrement en ligne. Le Supertrend «Edutainment» révolutionnera la forme, le contenu et les modèles commerciaux de la formation.
  3. La numérisation de la santé enregistrera une poussée de croissance internationale. La télémédecine, les bases de données sanitaires nationales et la recherche pharmaceutique tireront profit de la demande accrue émanant des patients, des gouvernements et des compagnies d’assurance maladie.
  4. La «datification» de presque tout s’accélérera. L’Internet des objets favorisera la collecte massive de données. En outre, il sera plus facile d’édicter de nouvelles prescriptions réglementaires, notamment lorsqu’elles servent l’intérêt public, comme en période de pandémie.
  5. Les moyens de paiement sans contact supplanteront l’argent liquide. En Europe, l’Association européenne des systèmes de paiement mobile (EMPSA4), en collaboration avec la Banque centrale européenne (BCE), établira de nouvelles normes. 
  6. Le développement des infrastructures numériques, notamment du réseau mobile 5G, se poursuivra dans le monde entier. Il sera à l’origine d’une avalanche de nouvelles applications. Nous serons surpris de voir à quel point la récession de 2020 se révélera être un accélérateur de croissance dans ce domaine.
  7. La mobilité autonome dans les villes fera de plus en plus concurrence aux transports publics de proximité, mais le nombre limité de places de stationnement générera des différends politiques quant à la redistribution.
  8. La numérisation accroîtra les besoins en matière de «cybersécurité». Le Supertrend «Sécurité» se profilera en bénéficiaire de la crise, en bourse également.

Économie

  1. Les mesures de sauvetage prises par les autorités publiques vont faire fondre les recettes fiscales et la dette publique va augmenter au niveau mondial. Ces deux éléments créeront, à l’avenir, des conflits de répartition politique qui sont parfaitement prévisibles.
  2. Les États verront leur importance économique augmenter. D’une part, ils recapitaliseront des entreprises illiquides telles que les compagnies aériennes nationales. D’autre part, ils pourraient élargir durablement les budgets destinés à la santé publique et aux secteurs qui y sont liés.
  3. Il n’y a pas que la dette publique qui augmentera, les impôts suivront son exemple dans le monde entier une fois la crise passée.
  4. La «glocalisation» succédera à la globalisation (ou mondialisation). Certes, les chaînes de production mondiales ne disparaîtront pas, mais les décideurs politiques privilégieront la fabrication locale à l’avenir. Les nouvelles technologies comme l’impression 3D accéléreront ce processus.

Environnement

  1. Les images satellites d’un monde en quarantaine susciteront une prise de conscience sociale et politique de l’environnement.
  2. Les tendances économiques privilégiant des voies de transport plus locales et plus courtes seront tout aussi bénéfiques pour le climat que les orientations politiques préconisant un «retour au centre».

Politique

  1. La crise favorise le pragmatisme, la compétence, la perspective, l’empathie et l’honnêteté. L'image de ceux qui, avant la crise, se profilaient en misant essentiellement sur la polarisation va se ternir. Le centrisme, qu’on avait auparavant laissé pour mort, remportera à nouveau l’adhésion après la crise.
  2. Les frontières nationales deviendront plus tangibles. Le durcissement des contrôles au niveau du commerce et des voyages transfrontaliers renforcera la tendance à la «glocalisation».
  3. La zone euro constatera que l’idée d’une communauté fondée sur la solidarité est, dans une certaine mesure, devenue une réalité sans alternative dans le contexte de la crise.

Les marchés financiers devraient se redresser au cours du second semestre de l’année.

La crise actuelle est à l’origine de distorsions démesurées sur les marchés financiers. La volatilité des marchés boursiers restera, certes, encore extraordinairement élevée pendant un certain temps. Mais l’expérience des crises boursières nous enseigne que les investisseurs atteignent rarement le point le plus bas et qu’il est donc généralement intéressant de reprendre pied trop tôt plutôt que trop tard sur les marchés. Notre principal scénario concernant l’économie mondiale prévoit une reprise en forme de U au cours du second semestre, car la stimulation apportée par les mesures de politique monétaire et budgétaire expansives est sans précédent et qu’elle est, sur le principe, illimitée.

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