L’avenir réside dans l’investissement durable: créer une dynamique face à un défi familier

Notre planète va mal, et l'économie est largement responsable de cette situation. Ce constat n'a rien de neuf. Ce qui l'est davantage, c'est le rythme auquel cette situation change, comme en témoignent la signature de l'Accord de Paris ou la percée des technologies durables.

Ce phénomène prend chaque jour de l'ampleur, avec des conséquences palpables pour les entreprises et les gestionnaires d'actifs qui les financent.

Depuis le milieu du XXe siècle, l'activité humaine transgresse toutes les frontières naturelles. Aujourd'hui, la population mondiale consomme en moyenne les ressources et les réserves de 1,7 Terre, et d'environ 3 pour l'Europe. Autrement dit, nous ne vivons plus des «intérêts» de la nature, mais puisons depuis des années dans son capital (voir le graphique: «Empreinte écologique mondiale»). Il va sans dire que cette attitude n'est pas viable à long terme.

Empreinte écologique mondiale

Par composante par rapport à la biocapacité de la Terre, 1961–2012, en milliards d'hectares globaux (hag)

Source: Rapport Planète Vivante 2016 du WWF

Les personnes et les entreprises ressentent les effets physiques de la pollution et du changement climatique. Huit des dix principaux risques actuels pour l'économie mondiale sont soit environnementaux, soit directement liés à la dégradation de l'environnement.

Cette analyse n'est pas récente. Ce qui est nouveau, ce sont les mesures politiques et économiques prises. L'Accord de Paris, signé par la quasi-totalité des pays du monde, est un exemple de ce changement de paradigme. L'abandon progressif des énergies fossiles au cours des prochaines décennies est un fait. Et pas seulement en théorie, comme en témoignent certains faits:

  • Les énergies solaire et éolienne sont déjà moins chères que les énergies fossiles sur de nombreux marchés, notamment l'Inde, l'Afrique du Sud, les Pays-Bas et les États-Unis.
  • Un monde sans voitures à l'essence ni au diesel? La France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Chine devraient en interdire la vente entre 2030 et 2040. Parallèlement, des directives européennes et certaines lois nationales stipulent qu'il ne devra plus y avoir aucune combustion de pétrole, de charbon ou de gaz en Europe d'ici à 2050 au plus tard. En Norvège, le volume net des émissions de CO2 devrait être ramené à zéro d'ici 2032, en Islande d'ici 2040 et en Suède d'ici 2045.
  • Les grands investisseurs comme le Fonds de pension du gouvernement norvégien se désengagent de l'industrie du charbon en raison des risques élevés associés. L'Irlande deviendra le premier pays à céder la totalité de ses investissements dans les combustibles fossiles.
  • Les grands assureurs, dont Allianz, Axa et Swiss Re, font de même avec leurs propres engagements.
  • L'Union européenne a créé le High-Level Expert Group on Sustainable Finance, et le Conseil de stabilité financière (CSF) a mis sur pied la Task Force on Climate-related Financial Disclosures qui a proposé des recommandations, des directives, une législation et des amendements en un temps record.
  • Huit banques centrales et autorités de surveillance (de pays comme le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, Singapour et la Chine) se sont regroupées pour former le Network for Greening the Financial System.
  • Les principaux gestionnaires d'actifs mondiaux se montrent très francs quant à l'importance des questions environnementales dans le choix des investissements.

La liste pourrait continuer à l'infini. Ces exemples montrent qu'une nouvelle conception du marché est en train d'émerger, selon laquelle la performance économique doit générer des bénéfices environnementaux et/ou sociétaux. Les flux financiers doivent par conséquent être réorientés de la façon expressément prévue par l'Accord de Paris. Les gestionnaires d'actifs jouent un rôle crucial dans ce contexte en exerçant leurs fonctions de courtiers et de dépositaires. Rediriger les flux financiers de façon ciblée crée de nouvelles opportunités tout en permettant de prendre systématiquement en compte des risques jusqu'ici cachés. Le temps est venu d'agir en se plaçant sous un angle environnemental, social et surtout économique.

L'investissement durable, un engagement pour l'avenir

Les gestionnaires d'actifs assument une responsabilité fiduciaire allant au-delà de la gestion traditionnelle des risques et de la réalisation des objectifs de performance. En allouant les capitaux qui leur sont confiés, ils influent consciemment et inconsciemment sur la société et sur l'environnement. Les régulateurs et les clients s'attendent de plus en plus à ce que les risques et les opportunités liés à la durabilité soient activement pris en compte. D'où l'essor rapide du marché de la gestion des actifs durables. Les deux principaux moteurs sont la forte demande émanant des investisseurs institutionnels et la solide performance des placements durables, qui incorporent souvent des facteurs de risque globaux et à long terme.

La variété croissante des produits et services de placement durable, associée à l'amélioration des approches d'investissement existantes en rapport avec la durabilité, contribuent de façon similaire au développement du marché.

Les produits ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) ne méritent pas tous ce label: leur qualité doit être régulièrement mesurée à l'aune de leur impact global effectif à long terme sur l'environnement et sur la société. Cet aspect est déterminant pour la conception, le suivi et le développement d'une stratégie de placement durable allant au-delà d'une solution standard. Sans cette orientation systématique, l'investissement durable n'est rien de plus qu'un étalage de certaines valeurs qui ne sera pas rentable dans le nouveau contexte de marché.

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