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L'avenir de la collaboration entre l'homme et l'ordinateur

Les technologies continuent d'évoluer, selon une progression exponentielle qu'avait prédite, avec une précision prophétique, le co-fondateur d'Intel, Gordon Moore, en 19651. Nous assistons, de notre vivant, à des ordinateurs, machines et robots qui deviennent de plus en plus intelligents, rapides et faciles à utiliser. Comme leurs capacités augmentent, ils sont en mesure de réaliser un éventail de tâches, tant physiques qu'intellectuelles, de manière plus efficace que les humains, et de nouvelles autres tâches de notre quotidien sont en cours de simplification et d'automatisation.

De nombreuses entreprises hautement respectées2 prédisent que ce thème fort à long terme rendra une grande partie de la main d'œuvre humaine obsolète. Alors comment devrions-nous, humains, nous préparer à cette révolution robotique, mais surtout, comment devrions-nous préparer nos enfants et les enfants de nos enfants au futur qui les attend?

Se démarquer grâce aux compétences non techniques

L'année dernière, lors du Forum économique mondial de Davos3, Jack Ma, le fondateur et président du géant chinois d'Internet, Alibaba Group, a mis en garde contre l'intelligence grandissante des machines et a recommandé que les enfants étudient les arts créatifs et le sport pour qu'ils se dotent d'avantages uniques face aux ordinateurs dans un monde de plus en plus automatisé. Il avance que l'intelligence artificielle sera inévitablement supérieure pour les tâches répétitives basées sur des règles et la logique, et par conséquent, que nous devrions nous concentrer sur ce qu'il décrit comme les «compétences non techniques» des relations humaines, la communication, l'empathie et la créativité.

Dans cet Insight thématique, nous analysons sa recommandation, mais nous nous penchons également sur une alternative. Peut-être allons-nous avoir besoin d'apprendre à coder afin de parler le même langage que les ordinateurs. Nous nous demandons si associer les compétences non techniques humaines et le langage des ordinateurs pourrait s'avérer plus profitable en fin de compte.

Maintenant que les logiciels vivent dans nos poches, dirigent nos voitures et nos maisons, et dominent nos vies quand nous ne dormons pas, l'ignorance n'est plus acceptable. Le monde appartient à ceux qui codent. Ceux qui ne comprennent pas seront à la traîne.

Josh Tyrangiel, rédacteur en chef de Bloomberg Businessweek, dans l'introduction à «The Code Edition», Businessweek juin 2015

Langue = code

Alors que nous sommes nombreux à parler plus d'une langue, nous sommes peu à savoir rédiger des codes informatiques. En fait, des estimations suggèrent que les développeurs de logiciels qualifiés représentent moins de 0,3% de la population mondiale4.

Graphique 1. Combien de personnes savent écrire du code informatique? «Le nombre de développeurs de logiciels dans le monde»

Sources: Credit Suisse, Evans Data Corporation (2019), issu de https://www.daxx.com/blog/development-trends/number-software-developers-world le 12 août 2019

Pour certains, l'idée d'utiliser un ordinateur est déjà une tâche intimidante, alors ne parlons même pas de l'écriture de code informatique. Et pourtant, d'une certaine façon, nous parlons tous en code. Le langage, en somme, n'est qu'un ensemble standardisé de bruits ou de «mots» qui permettent et facilitent la communication. C'est donc un code.

Selon une théorie linguistique5, les premiers mots que les humains ont prononcés auraient vraisemblablement été des onomatopées, des sons entendus dans le monde naturel qui auraient été imités afin de véhiculer un sens. Tandis que ces sons devenaient la norme et prenaient leur place, ils ont évolué de sorte à ne pas simplement représenter des objets, mais aussi à décrire des concepts et des émotions.

L'écriture a été un énorme pas en avant pour la civilisation car elle a permis aux humains de laisser une trace de l'oral. Grâce à la transcription de l'oral sous forme de symboles visuels, les pensées et l'histoire ont pu être partagées sur de longues distances et conservées à travers les siècles pour la prospérité par-delà les générations.

La même théorie linguistique avance que les mots écrits se seraient vraisemblablement développés à partir de représentations graphiques d'objets vus dans le monde réel. Ces mots sont donc également du code; des schémas acceptés généralement dont le but est simplement de représenter des objets et concepts du monde réel. L'artiste belge René Magritte a illustré cette idée succinctement dans son tableau de 1929 intitulé «Ceci n’est pas une pipe». Le tableau de la pipe n'est pas, bien sûr, une pipe en soi, c'est un tableau, une représentation visuelle de l'objet que nous connaissons sous le nom de pipe6.

Code machine

Tout comme la langue écrite et parlée, le langage informatique est lui aussi un code. Le langage sous-jacent des ordinateurs numériques est un système binaire ou hexadécimal qui utilise des «1» et des «0». Il s'agit du langage le plus primaire dans le domaine des logiciels et on l'appelle «code machine». C'est le langage sous-jacent des instructions pour les ordinateurs. Au début de l'ère informatique, le code machine était utilisé pour élaborer des programmes (comprenant généralement de longues lignes de code imprimées dans des livres de référence et pouvant être copiées manuellement pour créer le programme).

Comme les ordinateurs sont devenus plus puissants, ils ont été développés pour être plus faciles à utiliser et donc plus accessibles et utiles pour une plus grande partie de la population. Ce processus est ce que l'on appelle généralement la «démocratisation» de l'informatique. En conséquence, les codeurs informatiques n'ont aujourd'hui plus besoin d'écrire des programmes en code machine. L'écriture d'un code machine est extrêmement complexe. Les programmateurs peuvent à la place utiliser l'un des nombreux langages informatiques de «niveau supérieur» (tels que Python, JavaScript, C++, Ruby, etc.) pour écrire un logiciel. Certains langages de programmation sont mieux adaptés à certains types de programme qu'à d'autres, donc ils peuvent être choisis pour correspondre à la tâche, mais ils sont tous nettement plus intuitifs que le code machine. Les ordinateurs lancent un programme en arrière-plan, appelé «compilateur» pour traduire le langage informatique supérieur en code machine qu'ils comprendront. En d'autres termes, les langages de programmation sont traduits par le «compilateur» en code machine afin que l'ordinateur puisse exécuter l'ordre fixé.

Révolution no code

Comme les ordinateurs deviennent plus faciles à utiliser, peut-être qu'apprendre à coder va devenir obsolète, de la même manière que les langages de programmation ont rendu la connaissance du code machine inutile. Les ordinateurs pourraient atteindre un niveau tel que les personnes ne sachant pas rédiger une seule ligne de code pourront dire à l'ordinateur le type de programme qu'elles veulent créer. Cette idée est connue sous le nom de «révolution no code».

Il existe déjà un certain nombre d'entreprises et de communautés open-source qui ont développé des couches logicielles supplémentaires et des interfaces utilisateur simples en plus du langage de programmation afin de rendre le processus de développement des programmes d'ordinateur plus simple, plus rapide et moins sujet aux erreurs. La plupart de ces systèmes sont appelés «programmation visuelle», où les blocs de code sont représentés par des graphiques simples et ces composants peuvent simplement être glissés et déplacés à l'endroit souhaité.

Ce n'est qu'une question de temps avant que les réseaux neuraux ne produisent du code utilisable. L'avenir ne s'annonce pas radieux pour les informaticiens comme moi.

Professeur Dr. Christian Bauckhage, Fraunhofer IAIS

Plus proche de la «singularité»

Grâce à la programmation visuelle et à la révolution no code, il semblerait qu'apprendre à coder ne soit pas une tâche aussi intimidante que ce que l'on croyait. Cependant, simplifier la tâche d'écriture du code à un niveau très basique ne va vraisemblablement pas aider la main d'œuvre humaine dans sa quête d'un avantage compétitif sur les ordinateurs. Que se passerait-il si les ordinateurs devenaient intelligents au point d'être en mesure de rédiger leur propre code?

Même si cela n'est actuellement qu'en phase embryonnaire, les ingénieurs en informatique ont toujours rêvé de développer des algorithmes d'écriture de code. Le «GLAO», ou génie logiciel assisté par ordinateur, est un logiciel utilisé pour automatiser la tâche d'écriture et de débogage des programmes logiciels. Le GLAO est l'un des exemples les plus reconnus de logiciels utilisés pour l'écriture logicielle ou, du moins, qui aident à écrire des logiciels.

Les ingénieurs en informatique commencent à en repousser les limites. En 2015, Andrej Karpathy,étudiant de doctorat en informatique à Stanford, a utilisé des «réseaux de neurones récurrents» pour générer du code. Il est maintenant directeur du département IA chez Tesla. Plus récemment, Microsoft et l'université de Cambridge ont développé «DeepCoder», un algorithme qui utilise des techniques d'apprentissage poussées pour générer du code. 

Un pas de plus, et nous entrons dans le royaume des films hollywoodiens et de la science-fiction. Toutefois, il est fort probable que les ordinateurs soient un jour en mesure de rédiger leur propre code, et la difficulté pour l'être humain sera peut-être alors de comprendre le code une fois qu'il sera rédigé, puis de le contrôler.

Les ordinateurs peuvent peut-être apprendre à être plus humains

Si coder devient facile au point que tout le monde puisse le faire aussi simplement qu'ouvrir une application sur un smartphone, peut-être que nous devrions écouter les conseils bien avisés de Jack Ma et nous concentrer sur les compétences non techniques que sont la créativité et l'interaction humaine.

Ce chemin n'est cependant pas sans risque. Si cela se trouve, les ordinateurs sont capables d'acquérir des compétences non techniques aussi bien, si ce n'est mieux, que les humains. Cela soulève une question philosophique, à laquelle que nous ne tenterons pas de répondre ici: les êtres humains naissent-ils avec un talent inné pour la créativité et l'art ou ces compétences s'acquièrent-elles grâce à la pratique et l'expérience? Si ces compétences sont effectivement acquises, alors pourquoi un ordinateur ne serait-il pas en mesure d'imiter, copier, adapter et apprendre des notions subjectives de «beauté» et des compétences non techniques d'empathie et de créativité?

Image 1. Extrait de «TheNextRembrandt», 148 mégapixels imprimé en 3D sur treize couches, encre UV à base de peinture

Source: Open culture (2016): Scientists Create a New Rembrandt Painting, Using a 3D Printer & Data Analysis of Rembrandt’s Body of Work, issu de http://www.openculture.com/2016/04/the-next-rembrandt.html, dernier accès le 12 août 2019
Utilisation de l'image avec l'aimable autorisation de J. Walter Thompson Amsterdam (extrait d'image uniquement).

Plusieurs équipes ont déjà développé des moteurs d'intelligence artificielle pour maîtriser les compétences non techniques. Par exemple, dans le domaine de la musique, AIVA7 et MuseNet d'OpenAI ont utilisé l'intelligence artificielle pour composer avec succès tout un éventail de styles de musique. De la même manière, dans les beaux-arts, une équipe d'informaticiens de l'université technique de Delft8 a utilisé des algorithmes et la technologie de reconnaissance faciale pour analyser les 346 tableaux de Rembrandt afin de créer ce que l'équipe a appelé «le nouveau Rembrandt». Le tableau n'est pas une copie d'un Rembrandt et, comme leur page d'accueil l'explique, la personne représentée n'a jamais existé. Il s'agit en fait d'un nouveau tableau qui se base sur l'analyse détaillée du style des œuvres de Rembrandt. En d'autres termes, si tous les tableaux de Rembrandt formaient une série, ce tableau créé artificiellement pourrait être le prochain de cette série, si l'on se base uniquement sur l'analyse de la couleur, des pixels et la position de tous les éléments.

Conclusion

Bien que les technologies et les innovations aient modifié le profil de la main d'œuvre sur des milliers d'années, il y a des raisons de penser que cette fois-ci, à l'ère du numérique, l'impact sera plus rapide et bien plus étendu qu'auparavant.

Alors que l'économie mondiale se développe et que la valeur de diverses compétences change, il est difficile de dire ce que nos enfants devraient étudier pour maintenir un avantage sur les ordinateurs. Apprendre par cœur et mémoriser des faits va vraisemblablement avoir moins d'importance, puisque l'Internet nous donne accès à une connaissance factuelle illimitée à portée de main. De même, les ordinateurs et les robots sont de plus en plus capables d'exécuter non seulement des tâches physiques simples et répétitives, mais aussi des tâches cognitives et variables nécessitant la capacité de réagir de manière dynamique et autonome aux changements. Par conséquent, peut-être que se concentrer sur les compétences non techniques de l'interaction humaine et l'art est le choix le plus sûr. Mais là encore, l'intelligence artificielle semble faire des progrès.

Plutôt que de s'inquiéter pour une main-d'œuvre qui devient obsolète face à la technologie, peut-être faut-il penser que la propagation des technologies et de l'automatisation créera un besoin gigantesque pour une main d'œuvre destinée à entretenir, assister et dépanner ces technologies. La technologie peut également faciliter l'éducation et la formation de la main d'œuvre à de nouveaux rôles d'une manière rentable et intéressante. Ou bien, un ordinateur bienveillant superintelligent pourrait concevoir des systèmes d'énergie perpétuelle et trouver des moyens de nourrir et entretenir la population mondiale de façon durable sans qu'elle ait à travailler. Quel que soit l'avenir, il est susceptible d'être aussi dynamique que difficile. Nous pensons que la robotique et l'automatisation vont vraisemblablement continuer d'envahir notre vie quotidienne, et c'est un sujet qui représente une opportunité à long terme élevée pour les investisseurs patients.

Risques du fonds

  • Pas de protection du capital: les investisseurs peuvent perdre tout ou partie de leur placement dans ce produit.
  • L'accent sur les entreprises de robotique peut entraîner une exposition significative à certains secteurs ou certaines régions.
  • L’exposition aux petites et moyennes capitalisations peut renforcer la volatilité à court terme et entraîner un risque de liquidité.
  • En raison de la possibilité d’exposition accrue aux marchés émergents, le fonds peut être affecté par des risques politiques et économiques dans ces pays.
  • Les marchés des actions peuvent être volatils, en particulier à court terme.

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