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Réflexion holistique. Plus importante que jamais.

Burkhard Varnholt aborde les conditions-cadres des investissements ESG et les objectifs de l'Agenda 2030 de l'ONU.

Lorsque je discute avec des partenaires d'affaires ou avec des amis, j'entends souvent dire: «On ne peut pas tout avoir», une expression à propos de laquelle j'ai deux points de vue. D'une part, une politique de renonciation peut certainement présenter des avantages. L'économie du partage contribue à la préservation des ressources et simplifie la vie. D'autre part, il y a là une note de résignation. Lorsque vous dites «On ne peut pas tout avoir», vous renoncez d'emblée à une solution optimale capable de répondre aux besoins très divers de différentes parties prenantes.

Les investisseurs devraient-ils souhaiter tout avoir? La réponse est un «oui» sans équivoque. Ils ne doivent pas se focaliser exclusivement sur la hausse économique d'un placement, mais également tenir compte des critères ESG (environnementaux, sociaux, de gouvernance). La question qui se pose ensuite tout naturellement est la suivante: l'«homo economicus» est-il en voie d'extinction? Les traits identitaires de ce type de personne, que nous connaissons bien grâce aux manuels d'économie, sont sa volonté de maximiser ses gains et la subordination rationnelle de ses décisions pour atteindre cet objectif.

En résumé, l'«homo economicus» est appelé à perdurer, pour la simple raison que, sans des rendements acceptables et une appréciation des valeurs à long terme, notre système économique et social est voué à l'échec. Il doit néanmoins élargir son horizon. La définition d'objectifs devient de plus en plus complexe, exigeante, mais aussi intéressante.

Tradition ESG de longue date au Credit Suisse

La tendance louable qui consiste à investir selon les critères ESG n'a rien de nouveau. La réflexion holistique est une vertu immuable, et l'histoire du Credit Suisse l'illustre de manière toute particulière. À son époque déjà, Alfred Escher était mu par l'idée de mettre la Suisse sur la voie du progrès et de la prospérité à des niveaux très divers. Il a fondé l'École polytechnique fédérale (EPF) en 1854 et le «Crédit Suisse» (Schweizerische Kreditanstalt en allemand) en 1856. Dans les années 1870, il a été le moteur de la construction du tunnel du Saint-Gothard, le plus long tunnel ferroviaire du monde d'alors.

Les initiatives entrepreneuriales de ce pionnier-mécène ont favorisé la promotion de la recherche, la création d'emplois et l'augmentation des revenus fiscaux, autant de facteurs qui ont contribué à la prospérité de la population suisse. Les retombées de ses actions se sont révélées durables à l'époque et elles le restent de nos jours. Ce phénomène démontre de manière exemplaire qu'un mode de pensée durable est toujours axé sur le long terme, même si, a contrario, un mode de pensée à long terme n'est pas forcément durable.

Autre exemple de l'engagement du Credit Suisse en faveur des critères ESG: son adhésion en 2005 aux six «Principes pour l'Investissement Responsable (PRI)» de l'Organisation des Nations Unies. Il est ainsi l'un des premiers signataires de ce document. Cadre mis volontairement en place par des investisseurs, les PRI contribuent à promouvoir une meilleure compréhension de l'importance de la durabilité, ainsi que l'intégration des critères ESG dans les décisions de placement.

De solides arguments en faveur des investissements ESG

Premièrement, la dynamique et le grand attrait des critères ESG constituent des arguments solides en faveur de tels investissements. En outre, ils sont pris en compte par les cinq Supertrends du Credit Suisse, à savoir le nouveau monde de valeurs des Millennials, les besoins de l'économie des seniors, les sociétés en colère dans un monde multipolaire, les opportunités offertes par la numérisation et la nécessité d'investir dans les infrastructures.

Il existe néanmoins bien d'autres raisons d'aligner les décisions de placement sur les critères ESG: en effet, la population mondiale est actuellement estimée à environ 7,6 milliards de personnes, et il s'y ajoute 230 000 autres quotidiennement. Et ce sur une planète qui n'est pas prête à accueillir une population de cet ordre de grandeur, une planète qui, en l'absence d'un solide plan d'action réalisable, se dirige vers des catastrophes régionales (supplémentaires).

Les initiatives entrepreneuriales d'Alfred Escher montrent qu'un mode de pensée durable est toujours axé sur le long terme.

Un tel plan d'action s'inscrit dans l'Agenda 2030 pour le développement durable adopté par l'Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2015. L'éradication de la pauvreté et la lutte contre les inégalités sociales en sont les principaux défis, lesquels doivent être relevés au moyen des 17 objectifs de développement durable (ODD) définis par cet Agenda (voir les «Objectifs de développement durable des Nations Unies» à la page 15).

L'Agenda 2030 repose à juste titre sur le principe selon lequel les ODD ne pourront être atteints qu'en coopération avec le secteur privé. Les activités, les investissements et la capacité d'innovation de ce dernier sont considérés comme les «principaux moteurs de la productivité, de la croissance économique et de la création d'emplois». Selon l'association faîtière économique helvétique «economiesuisse», ces objectifs sont en parfaite osmose avec l'intérêt de l'économie: «Lorsque la pauvreté diminue, la sécurité juridique augmente et les marchés se développent. Cette évolution favorise la prospérité et la paix à travers le commerce et les investissements.»

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