Réformes à l'arrêt
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Réformes à l'arrêt

Les priorités sont claires et l'impatience gronde : l'électorat exige des réponses et des résultats.

Le monde gagne en complexité, à l'instar des conflits commerciaux en hausse, qui révèlent la montée progressive du populisme et des débats sur le climat. Comment ce monde troublé se reflète-t-il dans le traditionnel Baromètre des préoccupations du Credit Suisse? Quels sont les principaux problèmes du pays selon les sondés ? Quel est le bilan du gouvernement et de l'économie ? Des réponses… aussi surprenantes qu'éclairantes.

Stabilité

En dépit des turbulences mondiales, la liste des préoccupations est restée étonnamment stable et les priorités sont claires : 1. AVS/prévoyance vieillesse (47%, +2 pp par rapport à 2018), 2. Santé/caisses maladie (41%, ±0 pp), 3. Étrangers/ères (30%, –7 pp), 4. Protection de l'environnement/changement climatique (29%, +6 pp) et 5. Chômage (26%, +4 pp).

Blocage

Les deux plus grandes préoccupations (AVS et caisses maladie/santé) constituent des thèmes concrets de la politique intérieure. « L'électorat attend des solutions du gouvernement et, dans la conscience collective, ces solutions n'ont pas été apportées. Sur le plan du chantier des réformes, notons une certaine insatisfaction vis-à-vis du rôle du Parlement et du gouvernement », détaille Cloé Jans, responsable de l'étude gfs.bern.

Surprises

Les préoccupations d'ordre environnemental ont augmenté de 6 points sans pour autant trouver une place dans le top 3, alors que le changement climatique a souvent fait la une des médias cette année et que les partis des Verts et Vert'libéraux ont consolidé leur représentation lors des élections suisses en octobre. Autre sujet moins médiatisé : la « sécurité personnelle » (+11 pp) a, contre toute attente, connu une envolée inédite. L'interprétation n'est pas aisée dans la mesure où les étrangers (–7 pp) et les réfugiés (–11 pp), que les partis de droite associent volontiers à la criminalité galopante, ont reculé dans les inquiétudes de la population. Interviewée page 68, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter insiste sur la priorité absolue accordée à la sécurité de la Suisse et à la protection de ses habitants. « Pas de bien-être sans sécurité. » Enfin, le chômage, qui a longtemps occupé la première marche du podium des préoccupations, a timidement confirmé son faible résultat de 2018 (26%, +4 pp), laissant penser que l'emploi est perçu comme très sûr.

Des inquiétudes moins marquées

À rebours de la logique médiatique, les sondés ne considèrent pas les sujets suivants comme pressants, malgré tous les débats et articles : 16. Salaires (11%), 17. Parité (11%), 22. Politique familiale/garde d'enfants (8%), 24. Sécurité/espionnage sur Internet (7%), 25. Terrorisme (6%), 26. Mondialisation (6%), 30. Numérisation (6%) et 40. Conflits commerciaux mondiaux (3%). Encore une fois, c'est un blocage des réformes et un certain mécontentement politique qui ont été diagnostiqués, 46% affirmant que le gouvernement échoue souvent sur des questions décisives. Ce chiffre s'élevait à 24% en 2017. Les frustrations ont pu être renforcées par le fait que les questions politiques ont cristallisé les inquiétudes : 74% sont « assez » et « très intéressés » par la politique – une valeur record (mesuré depuis 1995). La grogne se confirme à la question de savoir qui doit résoudre les problèmes politiques. L'électorat attend davantage d'initiatives de la part de la classe politique, et surtout du gouvernement : 83% estiment que le Conseil fédéral doit mieux assumer son rôle de dirigeant et 68% pensent que le Parlement doit de nouveau rechercher plus de compromis. Les institutions politiques ne sont pas les seules à être écorchées.Tandis que 41% des sondés sont d'avis que l'économie échoue souvent sur des questions décisives, 60% lui prêtent pourtant une grande capacité à trouver des solutions, l'estimant même plus rapide que les milieux politiques et ayant « besoin de plus d'espaces de liberté et de moins de bureaucratie ». Ce résultat constitue-t-il un indicateur précoce d'initiatives populaires en faveur de plus de lois et de réglementations ? Dans tous les cas, le Baromètre 2019 est explicite : des solutions politiques sont demandées.